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Retraites 2027 : contre le gel des pensions, une hausse de 1,4 % mise sur la table, et le cumul emploi-retraite se resserre

Rejeté en commission, le gel des pensions au-dessus de 1 260 € voulu par le gouvernement pourrait céder la place à une hausse négociée par les partenaires sociaux, ou de 1,4 % à défaut d'accord. En parallèle, le cumul emploi-retraite se durcit au 1er janvier 2027 : plafond de 7 000 € par an avant 67 ans.

Une retraitée d'environ 70 ans, lunettes et gilet rouge, lit attentivement un courrier à la table de sa cuisine, près d'une calculatrice, sous le regard de son mari.
Gel, hausse de 1,4 % ou accord des partenaires sociaux : le montant des pensions en 2027 dépendra des arbitrages du budget de la Sécu, encore en discussion à l'Assemblée.

Le gouvernement voulait geler en 2027 toutes les pensions supérieures à 1 260 euros par mois. L’Assemblée nationale n’en veut pas, et le député chargé de piloter le budget de la Sécurité sociale propose désormais autre chose : laisser les syndicats et le patronat fixer la hausse des retraites, avec un filet de 1,4 % s’ils ne s’entendent pas. [1] [2] Dans le même temps, une autre règle, déjà votée l’an dernier, approche de son entrée en vigueur : à partir du 1er janvier 2027, retravailler une fois à la retraite deviendra nettement moins avantageux avant 67 ans. [3] [4]

Deux dossiers différents, une même question pour les retraités et ceux qui vont le devenir : combien toucheront-ils vraiment l’an prochain ?

Le gel des pensions au-dessus de 1 260 euros n’a pas de majorité

Chaque année, les pensions de retraite de base sont normalement revalorisées pour suivre l’inflation. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, le budget de la Sécu présenté par le gouvernement, prévoit d’y déroger : toutes les pensions supérieures à 1 260 euros seraient gelées, ce montant étant calculé en additionnant retraite de base et complémentaire. Cela concerne environ deux tiers des pensions, pour une économie attendue de 4 milliards d’euros. [1] [2]

La mesure a été largement rejetée en commission des Affaires sociales de l’Assemblée et, selon 20 Minutes et BFMTV, elle n’a presque aucune chance d’être adoptée en séance. [1] [2] Le rapporteur général du budget de la Sécu, le député Les Républicains Thibault Bazin, en a tiré la conclusion mardi 20 octobre devant l’Association des journalistes de l’information sociale : « Il faut changer de méthode ». Selon lui, il n’est plus possible de « revenir chaque année avec des sous-indexations et gels. Il n’y a pas de majorité politique » pour les adopter. [2]

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L’idée de Thibault Bazin : confier la hausse aux partenaires sociaux

Dans un amendement déposé samedi 17 octobre, le rapporteur propose « un chemin, entre une désindexation totale, inacceptable pour l’Assemblée nationale, et leur pleine revalorisation, dangereuse » pour les comptes de la Sécu. [1] [2] Il s’inspire du fonctionnement de l’Agirc-Arrco, la retraite complémentaire des anciens salariés du privé, où syndicats et patronat décident chaque année ensemble de la hausse des pensions.

Concrètement, le mécanisme proposé fonctionnerait en deux temps :

  • À partir de 2028, le taux de revalorisation appliqué au 1er janvier serait négocié par les partenaires sociaux en septembre de l’année précédente. « S’ils tombent d’accord sur un coefficient de revalorisation, le gouvernement enregistre. » [2]
  • Faute d’accord, un mécanisme automatique, fixé par décret, prendrait le relais. Il tiendrait compte à la fois de l’inflation et de l’équilibre financier du régime, notamment du nombre de cotisants par rapport au nombre de retraités. [1] [2]
  • Pour 2027, la négociation aurait lieu juste après le vote du budget de la Sécu, avec un effet rétroactif au 1er janvier. Sans accord, les pensions seraient revalorisées de 1,4 %. [1] [2]

Ce chiffre n’est pas choisi au hasard : c’est le taux que les partenaires sociaux viennent de retenir pour les complémentaires de l’Agirc-Arrco, qui augmenteront de 1,4 % au 1er novembre 2026. [1] Nous avions détaillé ce que cette hausse de l’Agirc-Arrco ajoutera concrètement à votre retraite.

Infographie : pour 1 000 euros de retraite de base, le gel donne 0 euro de hausse, l'amendement Bazin sans accord 14 euros par mois ; en bas, les trois règles du cumul emploi-retraite en 2027 selon l'âge et un exemple à 10 000 euros de revenus.
Gel, 1,4 % ou accord des partenaires sociaux : ce que chaque scénario change pour la retraite de base en 2027, et les trois paliers du cumul emploi-retraite. Infographie : notre rédaction, d’après 20 Minutes, BFMTV, Service-Public.fr et economie.gouv.fr.

Ce que 1,4 % représente sur une pension

Pour 1 000 euros brut par mois de retraite de base, une hausse de 1,4 % ajouterait 14 euros par mois, soit 168 euros sur l’année. Avec le gel voulu par le gouvernement, cette retraite de base n’aurait rien gagné dès lors que la pension totale dépasse 1 260 euros. (Calcul de la rédaction.)

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Thibault Bazin ne cache pas que son compromis coûte plus cher que le projet initial. Par rapport à une hausse calée sur l’inflation, il permettrait d’économiser 1,3 milliard d’euros, contre 4 milliards pour le gel. « Je ne fais pas l’économie prévue par le gouvernement », reconnaît-il, mais « il y a un petit bout du chemin quand même », puisque l’amendement permet de « freiner les dépenses ». [1] [2] Il resterait donc environ un tiers de l’effort recherché. Les articles ne précisent pas le niveau d’inflation retenu pour ce calcul. Le texte doit encore être débattu en séance, et rien n’est voté à ce stade.

Retravailler à la retraite : ce qui change au 1er janvier 2027

L’autre changement ne dépend pas du budget en cours de discussion. Il a été voté dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 et concerne le cumul emploi-retraite, c’est-à-dire la possibilité de toucher sa pension tout en ayant un salaire. Les nouvelles règles s’appliqueront aux personnes dont la première pension démarre à partir du 1er janvier 2027. La distinction actuelle entre cumul « intégral » et cumul « plafonné » disparaît : seul l’âge comptera. [3] [4]

  • Avant l’âge légal de départ (pour un départ anticipé, par exemple), chaque euro de revenu d’activité, mais aussi de revenu de remplacement comme les indemnités journalières maladie, sera retiré de la pension, dès le premier euro. [3]
  • Entre l’âge légal et 67 ans, le cumul restera libre jusqu’à 7 000 euros brut de revenus par an, soit environ 583 euros par mois. Au-delà, la pension sera réduite de la moitié du dépassement. [3] [4]
  • À partir de 67 ans, âge du taux plein automatique, salaire et pension pourront se cumuler sans aucun plafond, et les cotisations versées pourront ouvrir de nouveaux droits. [3]
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Prenons une personne partie à la retraite à l’âge légal en 2027 qui gagne 10 000 euros brut dans l’année grâce à un emploi à temps partiel. Elle dépasse le seuil de 3 000 euros : sa pension baissera de 1 500 euros sur l’année, soit 125 euros par mois. À 5 000 euros de revenus annuels, en revanche, elle ne perdrait rien. (Calcul de la rédaction.)

Illustration à la gouache : un homme d'environ 66 ans, barbe grise et tablier, conseille un jeune client derrière le comptoir d'une petite quincaillerie de quartier.
Un emploi à temps partiel après la retraite reste possible en 2027 : entre l’âge légal et 67 ans, il ne réduit la pension qu’au-delà de 7 000 euros brut de revenus par an.

Le seuil de 7 000 euros doit être fixé par décret. En mai, Service-Public.fr indiquait que ce texte n’était pas encore publié. [3] Selon la revue libérale Contrepoints, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a depuis annoncé les décrets, et il espère que l’État y gagnera 2 milliards d’euros en 2030. [5] L’auteur de la tribune, Jean-Philippe Delsol, y voit une mesure qui « veut empêcher les retraités de travailler », dans un pays où un salarié à plein temps travaille déjà moins d’heures sur sa vie active que la moyenne européenne : environ 61 900 heures, contre 66 500 dans l’Union européenne et 70 100 en Allemagne, selon les chiffres qu’il cite. [5]

Pour les retraités déjà en cumul emploi-retraite aujourd’hui, rien ne change : la réforme vise uniquement les pensions qui prendront effet à partir de 2027. [3] [4] Ceux qui prévoient de partir l’an prochain en continuant une activité ont, eux, intérêt à faire le calcul avant de fixer leur date de départ, d’autant que retravailler chez son ancien employeur impose déjà d’attendre six mois après la rupture du contrat. [4]

Sources et références

[1] 20 Minutes (avec AFP) — Retraites : Plutôt que le très contesté gel des pensions, une autre solution mise sur la table, 20 octobre 2026
https://www.20minutes.fr/societe/4256037-20261020-retraites-plutot-tres-conteste-gel-pensions-autre-solution-mise-table

[2] BFMTV / BFM Patrimoine — Le gouvernement voulait geler les retraites au-delà de 1.260 euros, impensable pour l'Assemblée : le rapporteur du budget de la Sécu propose de laisser les partenaires sociaux décider, 20 octobre 2026
https://www.bfmtv.com/economie/patrimoine/retraite/le-gouvernement-voulait-geler-les-retraites-au-dela-de-1-260-euros-impensable-pour-l-assemblee-le-rapporteur-du-budget-de-la-secu-propose-de-laisser-les-partenaires-sociaux-decider_AD-202610200585.html

[3] Service-Public.fr (DILA) — De nouvelles règles pour le cumul emploi-retraite à partir de 2027, 22 mai 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18914

[4] economie.gouv.fr — Cumul emploi-retraite : quelles sont les règles ?, 24 juin 2026
https://www.economie.gouv.fr/particuliers/preparer-ma-retraite-et-ma-succession/cumul-emploi-retraite-quelles-sont-les-regles

[5] Jean-Philippe Delsol / Contrepoints — Le gouvernement veut empêcher les retraités de travailler (tribune), 21 octobre 2026
https://contrepoints.org/le-gouvernement-veut-empecher-les-retraites-de-travailler/

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