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Partir à 62 ans payé par son employeur : le congé voté par les députés durerait de 9 mois à 2 ans selon votre année de naissance

Voté jeudi 22 octobre par 45 députés contre 36, un amendement au budget de la Sécu 2027 créerait un congé payé par l'employeur dès 62 ans pour les salariés ayant cotisé 42 ans. Sa durée dépendrait de l'année de naissance : 9 mois pour les personnes nées en 1964, 2 ans à partir de 1969. Et la mesure reste très loin d'être appliquée.

Un ouvrier d'environ 62 ans aux cheveux gris, veste de travail bleu marine à bande réfléchissante, se tient près des casiers d'un entrepôt, ses gants à la main, et regarde vers le quai de chargement baigné de lumière.
Avec 42 années de cotisation à 62 ans, un salarié pourrait cesser le travail et toucher de son employeur l'équivalent de sa future pension jusqu'à l'âge légal, si l'amendement survit à la suite du budget.

Arrêter de travailler à 62 ans sans attendre l’âge légal de la retraite, tout en continuant à être payé : c’est ce que prévoit un amendement adopté jeudi 22 octobre par l’Assemblée nationale, lors de l’examen du budget de la Sécurité sociale pour 2027. Le texte, déposé par l’écologiste Sandrine Rousseau, a été voté par 45 voix contre 36. [1] [2] Il ne touche pas à l’âge légal : il crée un « congé anticipatoire de départ en retraite », financé par l’employeur, qui couvrirait la période entre 62 ans et cet âge légal. [1]

La mesure a fait réagir bien au-delà de l’hémicycle. Mais pour savoir ce qu’elle changerait vraiment, il faut regarder deux choses que les gros titres laissent souvent de côté : la date de naissance de chacun, et le chemin qu’il reste à parcourir avant qu’elle s’applique.

Ce que prévoit exactement l’amendement adopté

Le texte voté ajoute au code du travail un nouveau droit pour les salariés. Ses règles tiennent en quelques points : [1]

  • Les conditions : avoir au moins 62 ans et avoir validé au moins 168 trimestres dans le régime général, celui des salariés du privé, soit 42 années de cotisation.
  • Le montant : pendant le congé, l’employeur verse au salarié une somme égale à la pension de retraite à taux plein à laquelle il aura droit. Ce n’est donc pas son salaire, mais l’équivalent de sa future retraite.
  • La durée : le congé s’arrête à l’âge légal de départ, et le salarié bascule alors en retraite.
  • En cas de refus : le salarié peut contester directement devant le conseil de prud’hommes, qui statue selon une procédure accélérée.
  • La contrepartie pour l’entreprise : une baisse de ses cotisations sociales sur les salaires des autres employés, dans des limites fixées par décret selon la taille de l’entreprise, le nombre de salariés en congé et la durée de ces congés.

Les auteurs ne cachent pas leur objectif. L’amendement « vise à empêcher l’application de la réforme des retraites de 2023 », écrivent-ils, en précisant que la baisse de cotisations « pourrait aller jusqu’à compenser intégralement » les sommes versées. [1] Ce sont donc les recettes de la Sécurité sociale qui financeraient le dispositif, avec, comme souvent dans ce type d’amendement, une hausse de la taxe sur le tabac pour compenser la perte. [1] [6] Son coût n’a pas été chiffré. [5]

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Payé jusqu’à 64 ans ? Pas pour les premiers concernés

On a beaucoup lu que ce congé permettrait d’être payé de 62 à 64 ans. C’est vrai seulement pour les personnes nées à partir de 1969. Car depuis le 1er septembre 2026, la réforme de 2023 est suspendue jusqu’en 2028 : l’âge légal ne passe à 64 ans que pour ces générations-là. [3] Pour les autres, il se situe entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois, et le congé serait d’autant plus court.

Vous êtes né(e)Âge légal de départDurée maximale du congéTrimestres pour le taux plein
en 196462 ans et 9 mois9 mois170
entre janvier et mars 196562 ans et 9 mois9 mois170
entre avril et décembre 196563 ans12 mois171
en 196663 ans et 3 mois15 mois172
en 196763 ans et 6 mois18 mois172
en 196863 ans et 9 mois21 mois172
à partir de 196964 ans24 mois172

Âges et trimestres : Service-Public.fr, règles en vigueur depuis le 1er septembre 2026. [3] [7] Durée du congé : calcul de la rédaction, de 62 ans à l’âge légal.

Certaines reprises évoquent aussi un âge légal « figé » à 62 ans et 9 mois pour toute la génération 1965. Le calendrier officiel est plus fin : seules les personnes nées entre janvier et mars 1965 partent à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres ; celles nées d’avril à décembre 1965 partent à 63 ans, avec 171 trimestres. [3]

Infographie : durée maximale du congé anticipatoire selon l'année de naissance, de 9 mois pour les personnes nées en 1964 à 24 mois à partir de 1969, avec l'âge légal et les trimestres du taux plein, puis les conditions, le financement et le résultat du vote (45 pour, 36 contre).
De 9 mois pour les personnes nées en 1964 à 2 ans pour celles nées à partir de 1969 : la durée du congé dépend de l’âge légal de chaque génération. Infographie : ADAG, d’après l’Assemblée nationale et Service-Public.fr.

Le tableau fait apparaître une autre particularité. Le congé s’ouvre avec 168 trimestres, alors que le taux plein en demande 170 à 172 pour les générations nées entre 1964 et 1968. Un salarié pourrait donc partir en congé avec 2 à 4 trimestres de moins que ce qu’exige le taux plein, et toucher pourtant l’équivalent d’une pension « au taux plein ». [1] [3] Le texte ne précise pas si ces trimestres manquants continueraient de s’accumuler pendant le congé, ni comment serait calculée sa future retraite à l’issue. [1] [6]

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Qui pourrait vraiment en profiter ?

Réunir 42 années de cotisation à 62 ans suppose d’avoir commencé à travailler au plus tard vers 20 ans, sans interruption. Les carrières marquées par du chômage, du temps partiel ou des pauses pour élever des enfants passent mécaniquement sous la barre, ce qui écarte une bonne partie des femmes. [6] Le texte ne compte en outre que les trimestres validés dans le régime général : à la lecture de l’amendement, des années passées dans la fonction publique ou dans un autre régime de base ne semblent pas entrer dans le calcul. [1]

À l’autre bout, ceux qui ont commencé très jeunes disposent déjà d’une porte de sortie. La retraite anticipée pour carrière longue permet, sous conditions, de partir avant l’âge légal quand on a commencé à travailler avant 21 ans, et ce dispositif est lui aussi assoupli pour les personnes nées entre 1964 et 1968. [3] [7]

Illustration à la gouache : une responsable d'environ 45 ans et un salarié d'environ 62 ans aux cheveux gris discutent face à face de part et d'autre d'un bureau, avec un dossier et un calendrier.
Le congé serait un droit du salarié : un refus de l’employeur pourrait être contesté directement devant les prud’hommes, selon une procédure accélérée.

Pourquoi le gouvernement et le rapporteur s’y opposent

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a vivement critiqué la mesure en séance. « Qu’est-ce qu’elles vous ont fait, les entreprises ? », a-t-il lancé, dénonçant une charge financière « très lourde ». Son principal argument vise l’emploi des seniors : « Les entreprises vont se séparer des gens avant qu’ils atteignent ce seuil. » [4] [5]

Le rapporteur général du budget de la Sécurité sociale, Thibault Bazin (Droite républicaine), a jugé le dispositif symbolique et, « sur le fond, pas opérant ». [4] Il a soulevé une question que le texte laisse sans réponse : « Qu’est-ce qui se passe si l’employeur est en défaut et qu’il disparaît ? » Selon lui, la mesure pourrait alors « se retourner potentiellement contre les assurés sociaux ». [5] Rien n’indique en effet qui paierait le congé d’un salarié dont l’entreprise fait faillite. [1]

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Le groupe Écologiste et social y voit au contraire une « immense victoire pour des millions de travailleuses et de travailleurs » et appelle le gouvernement à ne pas effacer ce vote dans la suite des débats. [5]

Un vote acquis, mais une mesure encore loin d’être appliquée

Le scrutin a réuni 81 députés sur 577, soit 14 % de l’hémicycle : 45 ont voté pour, 36 contre, sans abstention. [2] Ce vote d’un article ne vaut pas adoption de la loi. Pour entrer en vigueur, l’amendement doit d’abord rester dans le budget de la Sécurité sociale, que l’Assemblée doit encore adopter dans son ensemble alors qu’aucune majorité ne se dégage. [4] [5] Le texte doit ensuite passer au Sénat, et le gouvernement peut le retirer en cours de route ou recourir au 49.3 avec une version qui ne le contient plus. Selon LCP, en cas de 49.3 ou d’ordonnances, il ne le retiendrait à l’évidence pas dans le texte final. [4] [6]

Le même budget contient d’autres mesures qui concernent directement les retraités, à commencer par le projet de gel des pensions supérieures à 1 260 euros et la hausse de 1,4 % proposée à la place. Pour les salariés qui approchent de 62 ans, le congé anticipatoire reste à ce stade une possibilité votée en première lecture, sans date d’entrée en vigueur prévue par le texte. [1]

Sources et références

[1] Assemblée nationale — Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (n° 3211), amendement n° 2748 de Mme Sandrine Rousseau et plusieurs de ses collègues, adopté le 22 octobre 2026
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/amendements/3211/AN/2748

[2] Assemblée nationale — Analyse du scrutin n° 8968, première séance du jeudi 22 octobre 2026
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/8968

[3] Service-Public.fr (DILA) — Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ?, 27 février 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18825

[4] LCP (Soizic Bonvarlet) — Budget de la Sécu : un amendement pour un départ en retraite à 62 ans voté lors des débats à l'Assemblée, 22 octobre 2026
https://lcp.fr/actualites/budget-de-la-secu-un-amendement-pour-un-depart-en-retraite-a-62-ans-vote-lors-des-debats

[5] BFM Business (avec AFP) — Arrêter de travailler à 62 ans tout en étant payé jusqu'à 64 ans : c'est quoi ce dispositif inédit que viennent de voter les députés ?, 22 octobre 2026
https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/arreter-de-travailler-a-62-ans-tout-en-etant-paye-jusqu-a-64-ans-c-est-quoi-ce-dispositif-inedit-que-viennent-de-voter-les-deputes_AD-202610220450.html

[6] Journal du Geek — Être payé à ne plus travailler jusqu'à 64 ans : c'est quoi ce texte qui vient d'être voté ?, 23 octobre 2026
https://www.journaldugeek.com/2026/10/23/etre-paye-a-ne-plus-travailler-jusqua-64-ans-cest-quoi-ce-texte-qui-vient-detre-vote/

[7] Service-Public.fr (DILA) — À partir de quel âge un salarié peut-il partir en retraite ?, vérifié le 14 août 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F14043

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