Aller au contenu

Une retraite de 3 000 € perdrait plus d’un mois de pension en deux ans si le gel des retraites voulu par David Lisnard tombait sur des prix qui remontent

David Lisnard, candidat de Nouvelle Énergie à la présidentielle 2027, veut geler l’indexation des pensions supérieures à 2 200 € par mois pour financer une part de capitalisation. Avec l’inflation de 3,4 % mesurée par l’Insee en octobre, deux ans de ce gel laisseraient un retraité à 3 000 € brut 207 € par mois sous une pension revalorisée.

Le soir, dans une cuisine éclairée par une suspension, un homme d’environ 70 ans aux cheveux gris, lunettes sur le nez et cardigan sombre, fronce les sourcils en tenant d’une main un très long ticket de caisse qui retombe sur la table et de l’autre un courrier plié, une calculatrice devant lui.
Dans sa cuisine, un retraité compare un long ticket de caisse à son courrier de pension : avec 3,4 % d’inflation par an, deux ans de gel laisseraient une retraite de 3 000 € brut 207 € par mois sous une pension revalorisée. Image d’illustration.

« Je ne propose pas un gel généralisé des pensions, ce qui serait injuste pour les petites retraites subissant l’inflation. En revanche, j’assume de cibler un gel temporaire de l’indexation uniquement sur les pensions supérieures à 2 200 euros par mois. » Invité mardi 27 octobre de l’émission « Objectif Élysée 2027 » sur Europe 1 et CNews, David Lisnard, maire de Cannes et candidat de Nouvelle Énergie à l’élection présidentielle, a donné un seuil précis à une idée qu’il défend depuis des mois [1][2]. Il n’a pas dit combien de temps durerait ce gel. Nous avons donc fait le calcul sur deux revalorisations, avec la hausse des prix que l’Insee vient de mesurer : au rythme d’octobre, 3,4 % sur un an, une retraite de 3 000 € brut finirait 207 € par mois sous une pension revalorisée normalement [5].

Le gel des pensions de David Lisnard doit financer une part de retraite par capitalisation

Le gel n’est pas une mesure d’économie isolée. David Lisnard veut faire basculer le système vers un modèle mixte, où environ 40 % des cotisations iraient sur des comptes d’épargne individuels, dans une capitalisation qu’il veut « obligatoire et collective », négociée branche par branche [1][2]. Pour amorcer cet étage, il faut de l’argent tout de suite : c’est le rôle qu’il assigne au gel des plus hautes pensions et à la suppression de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités, une niche de près de 5 milliards d’euros par an [1]. En face, il promet de baisser la CSG sur les salaires de 9,2 % à 6,6 %, de garder l’âge légal à 65 ans et de remplacer toutes les caisses par une Agence centrale publique de retraite [1].

L’économiste Michaël Zemmour, de l’université Lyon-II, juge que le compte n’y est pas : selon lui, ni le gel au-dessus de 2 200 € ni le report de l’âge ne compenseraient les cotisations détournées vers la capitalisation [3]. Le candidat, lui, prépare son premier grand meeting de campagne, le 13 décembre à Lyon [4].

Lire aussi :  Quelles aides pour les aidants familiaux en 2026 ?

Plusieurs points décisifs restent ouverts. David Lisnard n’a pas précisé si le seuil de 2 200 € s’entend en brut ou en net, ni s’il porte sur la pension totale, complémentaires comprises. Sur le site de son parti, la même idée apparaît avec un seuil d’« environ 2 000 euros » et un « différentiel » orienté vers la capitalisation, une formule qui peut se lire comme un gel de la seule part au-dessus du seuil [2]. Nos calculs prennent la pension brute totale, et la seconde lecture est chiffrée plus bas.

Avec 3,4 % d’inflation, une retraite de 3 000 € perd 207 € par mois en deux ans

Un gel ne baisse aucune pension en euros : il supprime la revalorisation. Chaque 1er janvier, les retraites de base augmentent selon l’évolution des prix hors tabac sur les douze derniers mois connus, publiée par l’Insee [6]. Geler, c’est rester au même montant pendant que les prix montent, et l’écart se creuse d’une année sur l’autre.

Or la hausse des prix repart. Selon l’estimation provisoire de l’Insee publiée le 30 octobre, les prix à la consommation ont augmenté de 3,4 % sur un an en octobre 2026, contre 0,9 % un an plus tôt, sous l’effet de l’énergie, en hausse de 24,1 % [5]. Nous avons retenu deux rythmes : 3,4 % par an pendant deux ans, si l’inflation reste à son niveau d’octobre, et +0,9 % puis +3,4 %, le rythme réellement mesuré d’octobre 2024 à octobre 2026.

Pension brute geléeÉcart par mois au bout de 2 ansPerte cumulée sur 24 moisÉcart par mois, rythme 2024-2026
2 300 €159 €2 847 €100 €
2 500 €173 €3 095 €108 €
3 000 €207 €3 714 €130 €
4 000 €277 €4 951 €173 €
Écart avec une pension revalorisée comme les prix, pension entière gelée pendant deux revalorisations, à 3,4 % d’inflation par an sauf dernière colonne (+0,9 % puis +3,4 %). Calculs de la rédaction d’après l’Insee.

À 3,4 % par an, deux ans de gel retirent 6,5 % de pouvoir d’achat à la pension concernée, quel que soit son montant. Le retraité à 3 000 € brut ne voit rien baisser sur son relevé ; il touche simplement 207 € de moins chaque mois que s’il avait été revalorisé, et 3 714 € de moins sur les deux années, plus d’un mois de pension. Les montants sont bruts : la CSG, la CRDS et la Casa réduisent un peu l’écart sur le virement.

Lire aussi :  Cures thermales à la retraite : face au projet de baisse, le logement et le trajet pèsent déjà sur le budget
Infographie en trois parties sur le gel des pensions au-dessus de 2 200 euros proposé par David Lisnard. Écart mensuel au bout de deux ans de gel, pension entière gelée : 159 euros pour 2 300 euros, 173 pour 2 500, 207 pour 3 000 et 277 pour 4 000 si les prix montent de 3,4 % par an ; 100, 108, 130 et 173 euros au rythme réel d’octobre 2024 à octobre 2026. Effet de seuil : 2 200 euros revalorisés deviennent 2 352 euros, au-dessus de toute pension gelée entre 2 201 et 2 352 euros. Pour une pension de 3 000 euros, perte cumulée sur 24 mois de 3 714 euros si toute la pension est gelée, 990 euros si seuls les 800 euros au-dessus du seuil le sont.
Au rythme d’octobre, deux ans de gel coûteraient 207 € par mois à une retraite de 3 000 € brut, et une pension de 2 200 € revalorisée passerait devant toutes celles gelées jusqu’à 2 352 €. Infographie : ADAG, d’après l’Insee et la Drees, calculs de la rédaction.
Un couple de retraités assis à une table de cuisine en bois : l'homme aux cheveux gris, pull bleu marine, tape sur une calculatrice ; la femme au carré argenté, gilet rouge, tient un relevé de pension et un stylo ; un classeur ouvert, quelques pièces, deux tasses et une paire de lunettes sont posés devant eux.

Juste au-dessus de 2 200 €, l’effet de seuil fait passer devant des pensions plus faibles

Un seuil sec crée un renversement. Une pension de 2 200 € revalorisée deux fois de 3,4 % atteint 2 352 €. Toute pension gelée entre 2 201 € et 2 352 € finirait donc, au bout de deux ans, sous celle d’un retraité qui touchait moins au départ ; au rythme de 2024-2026, la zone s’arrêterait à 2 295 €. Le gouvernement, dans le gel partiel qu’il propose pour 2027, a prévu des paliers pour éviter ce saut, que nous avons chiffrés dans notre article du 27 octobre ; David Lisnard n’en a pas décrit.

La France a déjà différencié la revalorisation selon le montant. Au 1er janvier 2020, les pensions des retraités dont le total tous régimes dépassait 2 000 € brut ont été revalorisées de 0,3 %, contre 1,0 % en dessous [6][7]. Pour une retraite de 3 000 €, l’écart était de 21 € par mois. Un gel complet avec 3,4 % d’inflation lui coûterait 102 € par mois dès la première année, près de cinq fois l’effort de 2020.

Anciens fonctionnaires de l’État et régimes spéciaux, les plus exposés au gel au-dessus de 2 200 €

La pension moyenne reste loin du seuil : fin 2024, les retraités vivant en France touchaient en moyenne 1 752 € brut par mois de pension de droit direct, selon la Drees [7]. Celle des hommes, 2 186 €, s’arrête juste en dessous. Le gel viserait surtout certains profils : les anciens fonctionnaires civils de l’État touchent en moyenne 2 570 € brut, les retraités des régimes spéciaux 2 740 €, les anciens libéraux 2 840 €, et les hommes ayant fait une carrière complète 2 390 € [7]. Fin 2020, 8 % des retraités dépassaient 3 000 € brut [7].

Lire aussi :  Retraites 2027 : contre le gel des pensions, une hausse de 1,4 % mise sur la table, et le cumul emploi-retraite se resserre
Illustration à la gouache dans un grand magasin : sur un escalator qui monte s’élèvent un chariot rouge, un panier de légumes, une bouteille de gaz et un radiateur, tandis qu’à côté un couple de retraités en manteau reste immobile sur un escalator arrêté, barré par une chaîne, les yeux levés vers les objets.
Les prix montent pendant que la pension reste sur place : un gel ne baisse rien en euros, mais retire 6,5 % de pouvoir d’achat en deux ans si l’inflation reste à 3,4 %. Image d’illustration.

Pension entière ou seule part au-dessus de 2 200 € : la perte va de 990 € à 3 714 €

La lecture du seuil change tout. Si toute la pension est gelée, comme les pensions au-dessus de 2 000 € en 2020, un retraité à 3 000 € perd 3 714 € en deux ans au rythme d’octobre. Si seuls les 800 € au-dessus de 2 200 € cessent d’être revalorisés, la perte tombe à 990 €, soit 55 € par mois au bout de deux ans ; à 4 000 €, elle serait de 2 228 € au lieu de 4 951 €. La seconde version supprime l’effet de seuil, mais rapporte beaucoup moins pour financer la capitalisation.

Ce projet ne doit pas être confondu avec le gel partiel du budget de la Sécurité sociale pour 2027, porté par le gouvernement pour la seule année 2027 avec un seuil de 1 260 € et que le Sénat examine à partir du 9 novembre [8]. La proposition de David Lisnard relève d’un programme présidentiel.

Portrait serré à contre-jour doré : un retraité d’environ 70 ans aux cheveux et à la barbe blancs, hilare, montre des dents en or ; il porte plusieurs grosses chaînes en or et un médaillon sur une chemise baroque noir et or, des bagues à chaque doigt, une montre et des bracelets en or, sur une terrasse ensoleillée au bord de la mer.

Élu au printemps 2027, un président ne pourrait plus toucher à la revalorisation de janvier 2027, qui relève de ce budget. La première concernée serait celle du 1er janvier 2028 : sur deux ans, le gel porterait donc sur les hausses de 2028 et de 2029, avec l’inflation de ces années-là, que personne ne connaît encore.

Sources et références

[1] Capital — « Votre retraite dépasse 2 200 euros, David Lisnard propose de la geler », 28 octobre 2026
https://www.capital.fr/votre-retraite/votre-retraite-depasse-2-200-euros-david-lisnard-propose-de-la-geler-1531322

[2] Nouvelle Énergie — « David Lisnard est-il favorable à la retraite par capitalisation ? », mis à jour le 16 octobre 2026
https://www.unenouvelleenergie.fr/questions/david-lisnard-est-il-favorable-a-la-retraite-par-capitalisation/

[3] La Dépêche du Midi — « DÉCRYPTAGE. Présidentielle 2027 : pourquoi le gel des pensions de plus de 2 200 euros voulu par David Lisnard ne suffirait pas à financer le passage à la capitalisation », 30 octobre 2026
https://www.ladepeche.fr/2026/10/30/decryptage-presidentielle-2027-pourquoi-le-gel-des-pensions-de-plus-de-2-200-euros-voulu-par-david-lisnard-ne-suffirait-pas-a-financer-le-passage-a-la-13626026.php

[4] Le Parisien — « Présidentielle 2027 : David Lisnard tiendra son premier grand meeting de campagne à Lyon en décembre », 30 octobre 2026
https://www.leparisien.fr/politique/presidentielle-2027-david-lisnard-tiendra-son-plus-premier-grand-meeting-de-campagne-a-lyon-en-decembre-30-10-2026-ZKBM7G454VACHAJ5TAUQTTPOEY.php

[5] Insee — « En octobre 2026, les prix à la consommation augmenteraient de 3,4 % sur un an », Informations rapides n° 266, 30 octobre 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/9107965

[6] Drees — « Les retraités et les retraites », édition 2024, fiche 04 « La revalorisation des pensions individuelles »
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-10/RR24%20-%20Fiche%2004%20-%20La%20revalorisation%20des%20pensions%20individuelles.pdf

[7] Drees — « Les retraités et les retraites », édition 2026, fiche 05 « Le niveau des pensions »
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2026-10/RR2026%20-%20Fiche%2005%20-%20Le%20niveau%20des%20pensions.pdf

[8] NosParlementaires — « Calendrier PLFSS 2027 : le Sénat prend la main le 9 novembre »
https://nosparlementaires.fr/actualites/plfss-2027-calendrier-examen-date-par-date

Dans la même rubrique