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Un retraité imposé à 11 % peut vider son PER d’un coup sans quitter sa tranche, à condition d’inscrire lui-même la somme dans une case peu connue

Depuis le 3 novembre, le plan d’épargne retraite (PER) Assurance Perspective du Crédit Agricole se souscrit en ligne et ses frais sur versements sont réduits de plus de moitié, y compris sur les contrats déjà ouverts. Pour un retraité imposé à 11 %, l’essentiel se joue pourtant à la sortie : selon nos calculs, la même épargne de 40 000 € peut lui coûter 6 873 € ou 11 421 € d’impôt et de prélèvements, selon la façon de la retirer.

Une femme âgée aux cheveux gris, gilet bleu marine, assise à une table en bois éclairée par le soleil, tient un stylo au-dessus de deux cases vides d’un formulaire, la main contre la joue, l’air hésitant.
À sa table de cuisine, une retraitée hésite, stylo levé, entre deux cases d’un formulaire. Pour un PER, le choix entre un capital pris d’un coup, des retraits étalés ou une rente viagère change l’impôt et la CSG à payer, même pour un retraité imposé à 11 %. Image d’illustration.
Sommaire

La baisse vaut aussi pour ceux qui ont ouvert leur plan il y a des années : Crédit Agricole Assurances l’applique « à l’ensemble du stock de contrats et aux nouvelles adhésions », en agence comme en ligne [1]. Pour un épargnant qui alimente encore son PER, c’est une économie immédiate. Pour un retraité qui s’apprête à le récupérer, la question est ailleurs : le fisc ne taxe pas de la même façon un capital pris d’un coup, un capital pris par morceaux et une rente, et l’écart dépend de détails que la banque ne règle pas à sa place.

PER Assurance Perspective : ce que le Crédit Agricole change depuis le 3 novembre

Le contrat se souscrit désormais depuis l’application Ma Banque ou l’espace client, sans rendez-vous. Le parcours en ligne ne propose pour l’instant que la gestion pilotée, où l’assureur réduit peu à peu la part d’actions à l’approche de la date de départ, avec trois profils au choix. La gestion libre, où l’on choisit soi-même ses supports, reste réservée à l’agence [1].

ÉlémentAvantDepuis le 3 novembre
Frais sur chaque versement2,50 %1 % au plus (0 % en ligne en 2026 et 2027)
Changement de supports en gestion libre0,50 %Gratuit
Premier versement minimum500 €300 €
Versement libre minimum250 €100 €
Versement programmé minimum50 € par mois30 € par mois

Sur 1 000 € versés, les frais passent donc de 25 € à 10 € au plus. Les frais de gestion prélevés chaque année sur l’épargne baissent aussi, mais le communiqué ne donne pas les nouveaux taux. L’assureur met en avant les performances 2025 de sa gestion pilotée pour un départ dans vingt ans, nettes de frais : 7,72 % en profil prudent, 9,82 % en équilibré et 11,22 % en dynamique. Ce sont des performances passées, sur une seule année. « Préparer sa retraite doit pouvoir se faire simplement, à son rythme et selon ses besoins », résume Séverine Tourtois, directrice de l’épargne retraite individuelle de Crédit Agricole Assurances [1].

Retraité imposé à 11 % : une déduction plus étroite qu’avant 70 ans

La loi de finances pour 2026 a fermé une porte aux plus âgés : les versements faits à partir de 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable depuis le 1er janvier 2026. En échange, la part du capital qui en provient sortira sans impôt sur le revenu, seuls les gains restant taxés [2]. Avant 70 ans, un retraité sans revenu d’activité dispose du plafond minimal de déduction, soit 4 710 € pour les versements de 2026, et les plafonds non utilisés se reportent désormais sur cinq ans [3].

À 11 %, déduire 4 710 € fait économiser 518 € d’impôt l’année suivante, pour 47 € de frais au plus en agence au lieu de 117,75 € avant la baisse. Mais cet impôt n’est que repoussé : la somme déduite sera taxée à la sortie, au barème. Un retraité qui reste dans la tranche à 11 % ne gagne donc que du temps sur ses versements, alors que ses gains seront taxés à 31,4 % : 12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la hausse de la CSG de 2026 [4]. Sur 8 000 € de gains, cela fait 2 512 €, contre 1 631 € pour un célibataire qui retire les mêmes gains d’une assurance-vie de plus de huit ans, restée à 17,2 % de prélèvements sociaux et taxée à 7,5 % au-delà d’un abattement de 4 600 € [5].

Gros plan sur une femme âgée aux cheveux gris, manteau sombre et écharpe, qui tient à deux mains une barquette de cuisses de poulet portant une grande étiquette jaune, devant le rayon réfrigéré d’un supermarché éclairé en lumière froide.
Un couple de retraités assis côte à côte à une table de salle à manger, un soir de pluie : l’homme barbu à lunettes lit une feuille d’impôt, la femme aux cheveux blancs tape sur une calculatrice, à côté d’un classeur ouvert.
Un soir de novembre, un couple de retraités refait ses comptes avec l’avis d’impôt sous les yeux. Depuis le 1er janvier 2026, les versements faits sur un PER à partir de 70 ans ne sont plus déductibles. Image d’illustration.

Sortie en capital : la case qui garde l’impôt près de 12 % au lieu de 27 %

Au moment de récupérer le capital, l’administration coupe la somme en deux. La part qui correspond aux versements déduits s’ajoute aux revenus de l’année, au barème, sans l’abattement de 10 % dont profitent les pensions. La part des gains est soumise au prélèvement forfaitaire de 12,8 %, plus les prélèvements sociaux [6][7].

Prenons un retraité seul qui déclare 24 000 € de pension par an, soit 2 000 € par mois. Après abattement, son revenu imposable est de 21 600 € : il paie 1 100 € avant décote, la réduction automatique des petits impôts, et 701 € après [8][9]. Son PER vaut 40 000 €, dont 32 000 € de versements déduits et 8 000 € de gains. Ajoutés tels quels à ses revenus, les 32 000 € le feraient monter dans la tranche à 30 % : selon notre calcul, son impôt augmenterait de 8 483 €, soit 26,5 % de la somme.

Le fisc prévoit pourtant un amortisseur. Le capital d’un PER est un revenu exceptionnel admis au système du quotient, quel que soit son montant [6] : l’impôt est calculé sur un quart de la somme, puis multiplié par quatre. Il faut le demander en inscrivant le montant dans la case 0XX de la déclaration complémentaire, et non dans les cases habituelles [10]. Avec le quotient, le supplément tombe à 3 935 €, soit 12,3 % des versements. Le taux dépasse un peu 11 % parce que la décote disparaît l’année du retrait. Pour ce profil, la tranche à 11 % tient jusqu’à 31 916 € de versements sortis en une seule fois.

Lire aussi :  Une pension d’invalidité remplacée à 62 ans par une retraite au taux plein peut perdre un tiers de sa valeur, parce que ce taux ne fixe qu’un pourcentage
Infographie : ce que coûte la sortie d’un PER de 40 000 € (32 000 € de versements déduits, 8 000 € de gains) pour un retraité seul déclarant 24 000 € de pension par an, au barème 2026. En une fois avec le quotient demandé en case 0XX : 6 873 €, soit 17,2 % du capital. En quatre retraits annuels de 10 000 € : 9 349 €, soit 23,4 %. En une fois sans le quotient : 11 421 €, soit 28,6 %. Chaque total additionne l’impôt sur les versements déduits, 12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux sur les gains, et la CSG en plus sur la pension, au taux normal de 8,3 % au lieu de 6,6 % deux ans après chaque année de retrait. Le quotient garde la tranche à 11 % jusqu’à 31 916 € de versements. Encadré : en rente viagère, environ 118 € par mois, avec 204 € d’impôt et 106 € de prélèvements sociaux par an, soit 21,8 % de chaque euro versé.
Pour 40 000 € de PER, un retraité seul imposé à 11 % paie 6 873 € en sortant tout d’un coup avec le quotient, 9 349 € en quatre retraits et 11 421 € sans le quotient. Infographie : ADAG, d’après le BOFiP, Service-Public, impots.gouv et la CNRACL, calculs de la rédaction.

Retirer son PER en quatre fois coûte plus cher qu’en une seule

Le réflexe courant consiste à étaler les retraits pour ne pas changer de tranche. Le quotient change le calcul. Un capital versé en plusieurs fois n’est plus considéré comme exceptionnel dès qu’un versement de même nature a été touché dans les trois années précédentes [6] : les retraits rapprochés s’imposent donc au barème normal. En quatre retraits annuels de 10 000 €, notre retraité ajoute chaque année 8 000 € de versements à ses revenus. Il reste dans la tranche à 11 %, mais son impôt brut passe à 1 984 €, juste au-dessus du seuil de 1 982 € où la décote s’arrête. Il paie alors 1 283 € de plus par an, soit 5 133 € sur quatre ans, contre 3 935 € en une fois.

L’autre coût se voit deux ans plus tard sur le relevé de pension. La CSG prélevée sur une retraite dépend du revenu fiscal de référence, qui comprend tout le capital imposable et les gains. Au-delà de 26 472 € pour une personne seule, la pension passe au taux normal de 8,3 % au lieu du taux médian de 6,6 % [11]. La règle qui exige un dépassement deux années de suite ne protège que les retraités exonérés ou au taux réduit [12]. Pour notre retraité, déjà au taux médian, chaque année de retrait se paie : environ 426 € de CSG en plus sur une pension brute d’environ 25 000 €, un peu moins après la part de CSG déductible. Une seule année en cas de sortie unique, quatre années avec quatre retraits. Le même revenu fiscal sert aussi à d’autres droits, comme le chèque énergie ou certaines exonérations de taxe foncière.

Le calculateur ci-dessous refait ces trois scénarios avec vos propres montants, pour une personne seule ou un couple marié ou pacsé.

PER à la retraite : en une fois, en plusieurs fois ou en rente ?
Indiquez vos pensions et la valeur de votre plan d’épargne retraite. L’outil compare l’impôt, les prélèvements sociaux sur les gains et la hausse éventuelle de CSG sur votre pension, selon la façon de sortir.
Calcul sur le barème, la décote et les seuils de CSG 2026 (revenus 2025), appliqués à une sortie en 2027 ; seuls revenus : vos pensions, abattement de 10 % plafonné à 4 439 € par foyer. Part des versements déduits : barème sans abattement, au quotient si vous la déclarez en case 0XX (sortie en une fois). Gains : 12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux. Les versements non déduits sortent sans impôt. Retraits annuels : parts égales, sans revalorisation du plan entre deux retraits ni quotient. CSG sur la pension : taux de 2026 selon le revenu fiscal de référence de l’année du retrait, appliqué deux ans plus tard (CSG, CRDS et Casa, sur une pension brute estimée). Rente : table TGF05 sans taux technique, imposée comme une pension, prélèvements sociaux de 18,6 % sur 40 % (60-69 ans) ou 30 % (70 ans et plus) ; montant réel fixé par votre contrat. Hors plafonnement des demi-parts, réductions et crédits d’impôt. Estimation indicative (BOFiP, impots.gouv, CNRACL). Mise en forme : ADAG.

En rente viagère, l’impôt revient chaque année, versements compris

La rente ne fait pas la différence entre ce qui vient des versements et ce qui vient des gains. Issue de versements déduits, elle est imposée comme une pension, après l’abattement de 10 %. Les prélèvements sociaux de 18,6 % portent sur une fraction fixée selon l’âge au premier versement : 40 % entre 60 et 69 ans, 30 % à partir de 70 ans [2]. Pour un retraité à 11 % sans décote, cela fait 17,3 % de chaque euro de rente entre 60 et 69 ans, puis 15,5 % à partir de 70 ans.

Converti à 66 ans avec la table de mortalité que les assureurs doivent retenir et sans taux d’intérêt garanti, le PER de notre retraité donnerait environ 118 € par mois. Il paierait chaque année 204 € d’impôt en plus, car la décote recule, et 106 € de prélèvements sociaux : 21,8 % de la rente. Le compte se fait sur la durée. Avec une espérance de vie de 28 ans à 66 ans selon cette table, cela représente environ 8 700 €, contre 6 873 € tout compris pour une sortie en une fois avec quotient. Un retraité qui vit plus longtemps que la moyenne touche davantage, et paie davantage. La rente laisse aussi son revenu fiscal sous le seuil du taux normal de CSG.

Une femme d’une soixantaine d’années aux cheveux gris, en gilet bordeaux, assise au bord d’un canapé, regarde avec des yeux écarquillés un très long ruban de papier sorti d’une calculatrice imprimante posée sur la table basse ; le ruban déborde jusqu’au tapis, sous la lumière chaude d’une lampe, à la tombée de la nuit.

Le PER permet enfin de panacher : une partie en capital et le reste en rente viagère, comme le prévoit le contrat Perspective [13]. Pour le retraité à 11 %, c’est la part prise en capital qui se règle le mieux en un seul retrait déclaré en case 0XX, dans la marge qui reste sous la tranche à 30 %.

Sources et références

[1] Crédit Agricole Assurances — « Le Crédit Agricole lance l’adhésion 100 % en ligne sur son PER Assurance Perspective », communiqué du 3 novembre 2026
https://presse.credit-agricole.com/le-credit-agricole-lance-ladhesion-100-en-ligne-sur-son-per-assurance-perspective/?lang=fra

[2] BOFiP — « Synthèse du régime d’imposition des plans d’épargne retraite (PER) », BOI-ANNX-000513, 10 août 2026
https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/14911-PGP.html/identifiant=BOI-ANNX-000513-20260810

[3] impots.gouv.fr — « Épargne retraite », modifié le 7 avril 2026
https://www.impots.gouv.fr/particulier/epargne-retraite

[4] Service-Public — « Prélèvements sociaux (CSG, CRDS...) sur les revenus du patrimoine et de placements », fiche F2329, vérifiée le 30 juin 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2329

[5] economie.gouv.fr — « Quelle est la fiscalité de l’assurance-vie ? », 17 septembre 2026
https://www.economie.gouv.fr/particuliers/gerer-mon-argent/gerer-mon-budget-et-mon-epargne/quelle-est-la-fiscalite-de-lassurance-vie

[6] BOFiP — « Pensions et rentes viagères — Prestations de retraite en capital », BOI-RSA-PENS-30-10-20, 10 août 2026
https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/7456-PGP.html/identifiant=BOI-RSA-PENS-30-10-20-20260810

[7] impots.gouv.fr — « Pensions, Retraites », modifié le 8 avril 2026
https://www.impots.gouv.fr/particulier/pensions-retraites

[8] Service-Public — « Quel est le barème de l’impôt sur le revenu ? », fiche F1419, vérifiée le 15 avril 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1419

[9] BOFiP — « Décote prévue au 4 du I de l’article 197 du CGI », BOI-IR-LIQ-20-20-30, 7 avril 2026
https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/2495-PGP.html/identifiant%3DBOI-IR-LIQ-20-20-30-20260407

[10] impots.gouv.fr — « Revenus exceptionnels »
https://www.impots.gouv.fr/particulier/revenu-exceptionnel-ou-differe

[11] CNRACL — « CSG/CRDS/CASA - Taux et seuils sur les pensions dues en 2026 »
https://www.juris-cnracl.retraites.fr/paiement-suivi-de-la-pension/le-paiement-de-la-pension/cotisations-sociales/csg/crds/casa/csg/crds/casa-taux-et-seuils-sur-les-pensions-dues-en-2026

[12] Cnav — circulaire n° 2019-9 du 21 janvier 2019, « Conditions d’assujettissement et d’exonération à la CSG, CRDS et à la Casa à compter du 1er janvier 2019 »
https://legislation.lassuranceretraite.fr/Pdf/circulaire_cnav_2019_09_21012019.pdf

[13] Crédit Agricole — « Plan Épargne Retraite (PER) Assurance Perspective »
https://www.credit-agricole.fr/particulier/epargne/retraite/per-assurance.html

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