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Un chômeur en fin de droits après 55 ans peut encore valider cinq ans de trimestres de retraite sans allocation, tant qu’il ne reprend aucune mission

Le nombre d’inscrits à France Travail a encore progressé au troisième trimestre. Pour la retraite, l’Assurance retraite valide un trimestre par tranche de 50 jours de chômage indemnisé, mais ces jours se comptent du 1er janvier au 31 décembre, et le chômage non indemnisé ne rapporte des trimestres que dans des limites strictes.

Vidéo ADAG (1 min 08) : la règle des 50 jours de chômage indemnisé comptée par année civile, les 4 ou 20 trimestres du chômage non indemnisé après la fin des droits et le coût d’un trimestre manquant. Images d'illustration.
Sommaire

Les derniers chiffres de la Dares et de France Travail, pour le troisième trimestre 2026, montrent encore une hausse du nombre d’inscrits, en partie mécanique depuis l’inscription automatique des allocataires du RSA en 2025 [1]. Derrière ces statistiques, une inquiétude revient chez les demandeurs d’emploi qui approchent de la soixantaine : ces mois sans salaire vont-ils creuser un trou dans la carrière et repousser la retraite ? Sur le relevé de carrière, une période de chômage n’affiche en effet aucun montant, puisque aucune cotisation retraite n’est versée sur les allocations. Les trimestres, eux, sont bien là, mais selon des règles plus fines que la formule « 50 jours = 1 trimestre » ne le laisse croire [2].

Chômage indemnisé : la règle des 50 jours se calcule année par année

Ouvrent droit à ces trimestres l’allocation chômage (ARE), l’allocation de solidarité spécifique (ASS), l’allocation des travailleurs indépendants, l’allocation de sécurisation professionnelle ou encore l’allocation de reclassement. Les différés d’indemnisation et le délai d’attente de sept jours, qui précèdent le premier versement, comptent aussi : le montant versé par France Travail n’entre pas en ligne de compte, et c’est France Travail qui transmet les périodes à l’Assurance retraite [3].

Le détail qui change tout figure dans la circulaire de la Caisse nationale d’assurance vieillesse : il est validé « autant de trimestres assimilés que l’assuré réunit de fois 50 jours de chômage indemnisé pour une année civile, dans la limite de quatre trimestres » [4]. Les jours se totalisent donc du 1er janvier au 31 décembre et ne se reportent pas sur l’année suivante. Et le plafond de quatre trimestres par an vaut pour tout ce que vous validez dans l’année, salaire compris.

Deux conséquences en découlent. D’abord, une année peut être déjà remplie avant même le premier jour de chômage. En 2026, il faut 1 803 € brut de salaire pour valider un trimestre et 7 212 € pour les quatre [5] : quatre mois au Smic à temps plein suffisent. Un salarié licencié fin avril a donc déjà ses quatre trimestres de 2026, et ses 245 jours de chômage de mai à décembre ne lui en ajoutent aucun. Ensuite, une période courte à cheval sur deux années peut ne rien valider du tout, si ces deux années ne sont pas déjà couvertes par des salaires.

Situation de chômage indemniséJours retenusTrimestres de chômage
Du 1er novembre au 31 décembre 2026611
Toute l’année 2026, sans salaire3654 (dès le 200e jour)
De mai à décembre 2026, après 4 mois au Smic2450, l’année est déjà pleine
Du 15 novembre 2026 au 13 février 2027, sans autre revenu47 + 440 en 2026, 0 en 2027

Les mêmes 91 jours placés dans une seule année valideraient un trimestre. La règle avantage donc les longues périodes de chômage, où chaque année civile atteint ses 200 jours, et pénalise peu le chômage court d’un salarié dont l’année est déjà payée. Les cas où elle coûte vraiment sont ceux des carrières hachées, avec de petits salaires et des périodes de chômage brèves en fin ou en début d’année.

Gros plan sur une table de cuisine en bois : la main ridée d’un homme en veste de travail bleu marine, alliance au doigt, posée sur un épais dossier cartonné beige rempli de papiers et fermé par un élastique rouge, à côté d’un sablier au sable doré éclairé à contre-jour.
Infographie : ce que les jours de chômage valent pour la retraite. Chômage indemnisé : 50 jours dans l’année valident 1 trimestre, 100 jours 2, 150 jours 3, 200 jours 4 ; au-delà, plus rien, avec 4 trimestres par an au maximum salaire compris, et les jours ne se reportent pas d’une année sur l’autre. Chômage non indemnisé : 6 trimestres pour une première période jamais indemnisée, 4 trimestres après la fin des droits, 20 trimestres après la fin des droits à 55 ans ou plus avec 80 trimestres cotisés. Encadré : un trimestre manquant à l’âge légal coûte environ 1,8 % de retraite de base à vie ; deux retraités sur trois partis en 2021 avaient au moins un trimestre de chômage, 2 % au titre du chômage non indemnisé.
Un trimestre par tranche de 50 jours de chômage indemnisé dans l’année, et des plafonds de 6, 4 ou 20 trimestres pour le chômage non indemnisé ; selon notre calcul, un trimestre manquant à l’âge légal coûte environ 1,8 % de retraite de base. Infographie : ADAG, d’après la Cnav, l’Assurance retraite et Service-Public, calculs de la rédaction.

Chômage non indemnisé : 6 trimestres une fois, puis 4 ou 20 après la fin des droits

Ne plus toucher d’allocation ne fait pas disparaître tous les droits, à condition de rester inscrit à France Travail. Le chômage doit être involontaire : la circulaire précise que l’assuré « ne doit donc pas être inscrit comme demandeur d’emploi suite à une démission » pour valider du chômage non indemnisé. Ces périodes ne comptent en outre que tant que vous n’avez pas atteint l’âge du taux plein [4]. Trois plafonds s’appliquent selon votre parcours.

  • Jamais indemnisé : la première période de chômage non indemnisé de votre carrière compte une seule fois, dans la limite de 18 mois et de 6 trimestres depuis 2011 (un an avant). Elle peut être continue ou faite de plusieurs morceaux, mais la validation s’arrête définitivement si un chômage indemnisé intervient pendant ces 18 mois [3][6].
  • Après la fin des droits : le chômage non indemnisé qui suit directement une période indemnisée compte pendant un an, soit 4 trimestres au plus.
  • Après la fin des droits, à 55 ans ou plus : la limite passe à cinq ans, soit 20 trimestres, si vous aviez au moins 55 ans à la fin de l’indemnisation, que vous totalisez au moins 80 trimestres cotisés tous régimes de base confondus et que vous ne relevez pas d’une nouvelle caisse de retraite [3].

Dans les deux derniers cas, la continuité est la condition décisive : la validation cesse dès la première interruption, qu’il s’agisse d’une reprise d’activité ou d’un nouveau revenu de remplacement [4]. L’Assurance retraite le formule sans détour : « Toute activité même partielle interrompt la validation des périodes de chômage non indemnisé » [2]. Un senior qui accepte quelques jours de mission après sa fin de droits peut ainsi fermer lui-même la fenêtre des cinq ans.

Ce chômage non indemnisé reste rare dans les carrières. Parmi les 704 000 personnes parties en retraite au régime général en 2021, deux sur trois (467 000) avaient validé au moins un trimestre de chômage, mais 15 000 seulement, 2 %, avaient du chômage non indemnisé, selon une note de la Cnav. Le dispositif pèse surtout en fin de carrière : quand la première période débute entre 55 et 59 ans, elle apporte en moyenne 10 trimestres, contre 4,2 quand elle survient avant 30 ans [6].

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Une femme aux cheveux gris-blond, lunettes et gilet vert, assise à une table de salon, pointe du doigt sur l’écran de son ordinateur portable une case vide au milieu d’une frise de blocs bleus, à côté d’une tasse de thé et d’une chemise cartonnée.
Devant son ordinateur, une femme d’une soixantaine d’années pointe un trou dans la frise de sa carrière. Les périodes de chômage non indemnisé antérieures à juillet 2012 ne remontaient pas automatiquement : le relevé de carrière permet de les repérer avant la demande de retraite. Image d’illustration.

La même note relève que ces périodes ne faisaient pas l’objet de reports informatisés automatiques dans les carrières de ces retraités : elles étaient reconstituées au moment du départ, lors des échanges avec le technicien de la caisse [6]. Depuis le 1er juillet 2012, France Travail doit transmettre ces périodes à l’Assurance retraite ; pour les périodes de chômage non indemnisé suivant une indemnisation et antérieures à cette date, c’est une déclaration sur l’honneur, avec les documents en votre possession, qui sert de justificatif [4]. Un trou sur le relevé de carrière avant 2012 mérite donc d’être signalé avant la demande de retraite.

Un trimestre de chômage en plus ou en moins pèse sur l’âge du taux plein

Ces trimestres ne rapportent rien au calcul du salaire moyen, puisque aucun salaire n’est reporté, mais ils comptent dans la durée d’assurance qui ouvre le taux plein [2]. Depuis la suspension de la réforme de 2023, applicable aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026, les repères sont les suivants [7].

Année de naissanceÂge légalTrimestres pour le taux plein
1963 à mars 196562 ans et 9 mois170
Avril à décembre 196563 ans171
196663 ans et 3 mois172
196763 ans et 6 mois172
196863 ans et 9 mois172
1969 et après64 ans172

Partir à l’âge légal sans le compte coûte une décote : le taux de 50 % baisse de 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de 20, et la décote disparaît à 67 ans [8]. Il faut y ajouter la proratisation, car la pension est aussi multipliée par le rapport entre vos trimestres et le nombre requis. Selon notre calcul, pour une carrière effectuée au régime général, un seul trimestre manquant au départ à l’âge légal ampute la retraite de base d’environ 1,8 % à vie ; quatre trimestres manquants, pour une personne née en 1966, lui retirent 7,2 %. L’autre option consiste à valider ces trimestres en partant plus tard : trois mois de plus par trimestre manquant, jusqu’à 67 ans au plus tard.

Chômage et retraite : combien de trimestres pour vous, et que coûte celui qui manque ?
Trois questions, dans l’ordre de votre parcours : vos jours de chômage indemnisé d’une année, ce que la fin de vos droits laisse encore valider, puis l’effet des trimestres manquants sur votre retraite de base.
1. Une année civile de chômage indemnisé
En 2026, chaque tranche de 1 803 € brut de salaire valide un trimestre.
2. Le chômage non indemnisé qui peut encore compter
3. Des trimestres manquent à l’âge légal
Règles de l’Assurance retraite (régime général) : un trimestre par tranche de 50 jours de chômage d’une même année civile, quatre trimestres par an au plus, salaire compris (circulaire Cnav 2020-25) ; seuils de salaire de Service-Public. Chômage non indemnisé : involontaire, validé jusqu’à l’âge du taux plein, sans interruption après la fin des droits. Âges et durées après la suspension de la réforme (pensions à effet du 1er septembre 2026). Effet calculé pour une carrière entière au régime général, départ à l’âge légal : décote de 0,625 point par trimestre manquant, limitée aux trimestres restant jusqu’à 67 ans et à 20, puis proratisation. Retraite complémentaire non comptée. Estimation indicative : votre relevé de carrière et l’Assurance retraite font foi. Mise en forme : ADAG.

C’est là que la règle des cinq ans prend tout son poids. Pour une personne à qui manqueraient ces 20 trimestres à l’âge légal, notre calcul donne une retraite de base réduite de 24,9 % (née en 1969) à 30,5 % (née en 1964), la décote ne pouvant dépasser le nombre de trimestres qui séparent l’âge légal de 67 ans. Une fin de droits à 57 ans, puis cinq ans de recherche d’emploi sans reprise d’activité, peut donc combler l’essentiel de l’écart jusqu’à l’âge légal.

Pour une retraite anticipée pour carrière longue, le chômage pèse moins : le chômage indemnisé n’y est retenu comme période cotisée que dans la limite de quatre trimestres sur toute la carrière [4].

Un homme d'une soixantaine d'années aux cheveux poivre et sel, lunettes et pull bleu marine, assis à une table de salle à manger, tient une calculatrice et un stylo au-dessus de feuilles imprimées ; une femme aux cheveux gris courts se penche à côté de lui pour les regarder.

Enfin, un demandeur d’emploi indemnisé qui atteint l’âge légal sans avoir ses trimestres continue de percevoir ses allocations jusqu’à l’âge du taux plein, dans la limite de ses droits. Il doit alors prouver à France Travail qu’il ne remplit pas les conditions : les personnes nées à partir de 1963 reçoivent un courrier 15 mois avant leur âge légal, et l’attestation de régularisation de carrière s’obtient après avoir vérifié sa carrière avec le service en ligne « Compléter ma carrière et déclarer mes enfants » de l’Assurance retraite. Sans cette attestation, les allocations s’arrêtent à l’âge légal [2].

Sources et références

[1] Dares — « Les inscrits à France Travail au 3e trimestre 2026 », Dares Indicateurs n° 47, octobre 2026
https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/les-inscrits-france-travail-au-3e-trimestre-2026

[2] L’Assurance retraite — « Je suis ou j’ai été au chômage »
https://www.lassuranceretraite.fr/portail-info/home/actif/parcours-professionnel-retraite/chomage-retraite.html

[3] Service-Public — « Les périodes de chômage sont-elles prises en compte pour la retraite ? », fiche F31249, vérifiée le 28 août 2025
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31249

[4] Cnav — circulaire n° 2020-25 du 9 juillet 2020, « Règles de validation des périodes assimilées au titre du chômage à compter du 1er novembre 2019 »
https://legislation.lassuranceretraite.fr/Pdf/circulaire_cnav_2020_25_09072020.pdf

[5] Service-Public — « Durée d’assurance retraite du salarié du secteur privé », fiche F1761, vérifiée le 1er janvier 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1761

[6] Cnav, direction statistiques, prospective et recherche — « Le chômage non indemnisé des personnes parties en retraite au régime général en 2021 », note 2023-033-DSPR, 9 juin 2023
https://www.statistiques-recherche.lassuranceretraite.fr/app/uploads/2024/07/chomage-non-indemnise.pdf

[7] Service-Public — « Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ? », 27 février 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18825

[8] Service-Public — « Retraite du salarié : qu’est-ce que la décote ? », fiche F19666, vérifiée le 1er janvier 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F19666

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