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Le RN veut durcir la validation des trimestres de retraite pour revenir à 62 ans, un tour de vis dont les temps partiels au Smic seraient les premiers perdants

Le Rassemblement national (RN) veut « renforcer les conditions de validation d’un trimestre » de retraite pour financer un retour de l’âge légal à 62 ans, annonce Jordan Bardella. Aujourd’hui, 150 heures payées au Smic suffisent pour un trimestre : les salariés à temps partiel, les saisonniers et les étudiants, en majorité des femmes, seraient les premiers à en perdre.

En vidéo : aujourd’hui, 150 heures payées au Smic valident un trimestre ; à 10 heures par semaine, une salariée passerait de 3 trimestres par an à 2, voire 1, selon nos calculs si la règle était durcie.
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Dans son livre Gouverner, paru le 4 novembre chez Fayard, le président du Rassemblement national part d’un constat : aujourd’hui, « quatre trimestres peuvent être validés sans avoir travaillé douze mois dans l’année ». Sa réponse tient en une formule, augmenter la « durée de cotisation effective » plutôt que reculer l’âge légal, pour « rapprocher la validation des trimestres de la réalité du travail et des cotisations versées » et coller davantage aux 40 à 42 annuités d’une carrière complète [1]. Le lendemain sur TF1, la députée RN du Var Laure Lavalette l’a résumé ainsi : il va « falloir travailler tous ces trimestres » [2].

Le parti n’a encore publié aucun seuil chiffré. Marine Le Pen doit présenter sa réforme des retraites le 17 novembre [1]. En attendant, la règle actuelle permet déjà de voir qui serait touché, et dans quelle proportion.

Valider un trimestre de retraite : 150 heures au Smic, soit 1 803 € en 2026

Dans le privé, un trimestre ne se gagne pas en travaillant trois mois. Il se gagne avec un montant de salaire soumis à cotisations : 150 fois le Smic horaire brut en vigueur au 1er janvier, soit 1 803 € en 2026, avec au plus quatre trimestres par année civile. Service-Public cite l’exemple d’un étudiant qui travaille tout le mois d’août à 35 heures payées au Smic : ce seul mois peut lui valider un trimestre [3].

Jordan Bardella ne se trompe donc pas sur le mécanisme. Un mois à temps plein au Smic représente 151,67 heures, soit 1 823 € bruts : un peu plus que le seuil d’un trimestre. Les quatre trimestres de l’année sont acquis dès 7 212 € bruts. Étalé sur douze mois, cela correspond, selon nos calculs, à environ 11 h 30 de travail par semaine au Smic, un tiers d’un temps plein.

Ce seuil a déjà été plus haut. De 1972 à 2013, il fallait 200 heures au Smic par trimestre ; il a été abaissé à 150 heures pour les revenus perçus à partir de 2014 [3].

Une femme d’une soixantaine d’années aux cheveux gris courts, en tunique de travail bleu clair, barre au feutre rouge une date entourée sur un calendrier mural de sa cuisine et en entoure une autre plus loin, les sourcils froncés.

Qui perdrait des trimestres : le calcul selon trois règles

Faute de chiffre du RN, nous avons comparé la règle actuelle à deux hypothèses. La première est un retour aux 200 heures d’avant 2014, une règle que les caisses ont appliquée pendant plus de quarante ans. La seconde est la lecture la plus stricte de la promesse : un trimestre ne serait validé qu’après trois mois de travail à temps plein, soit 455 heures au Smic. Le calcul retient un salaire au Smic de janvier 2026 et 52 semaines de travail.

Infographie en deux parties. Un : ce qu’il faut gagner dans l’année pour valider quatre trimestres de retraite. Règle actuelle, 150 heures au Smic par trimestre : 7 212 euros bruts, soit 11,5 heures par semaine au Smic. Règle d’avant 2014, 200 heures : 9 616 euros, 15,4 heures par semaine. Hypothèse d’un trimestre égal à trois mois à temps plein : 21 876 euros, un temps plein toute l’année. Deux : trimestres validés en un an au Smic selon ces trois règles. Job d’été de deux mois : 2, 1 et 0. Dix heures par semaine : 3, 2 et 1. Saisonnier quatre mois à temps plein : 4, 3 et 1. Mi-temps : 4, 4 et 2. Vingt-quatre heures par semaine : 4, 4 et 2. Quatre-vingts pour cent : 4, 4 et 3. Temps plein : 4, 4 et 4. Encadré : 26,6 % des femmes salariées travaillent à temps partiel, contre 8,4 % des hommes, et elles forment 76,4 % des 4,3 millions de salariés à temps partiel.
À 10 heures par semaine au Smic, une salariée valide aujourd’hui 3 trimestres par an ; elle n’en garderait que 2 avec la règle d’avant 2014 et 1 si chaque trimestre exigeait trois mois à temps plein, selon nos calculs. Infographie : ADAG, d’après Service-Public et l’Insee, calculs de la rédaction.

Les écarts apparaissent très vite chez ceux qui travaillent peu d’heures ou peu de mois :

  • 10 heures par semaine toute l’année, le cas d’une aide à domicile ou d’une femme de ménage chez quelques particuliers : 3 trimestres aujourd’hui, 2 avec la règle d’avant 2014, 1 seul si chaque trimestre exigeait trois mois à temps plein.
  • Un saisonnier à temps plein pendant quatre mois : 4 trimestres aujourd’hui, 3 avec 200 heures, 1 avec la règle la plus stricte.
  • Un étudiant qui travaille deux mois l’été : 2 trimestres aujourd’hui, 1 avec 200 heures, aucun avec trois mois exigés par trimestre.
  • Un mi-temps ou un contrat de 24 heures par semaine garde ses 4 trimestres avec 200 heures, mais tomberait à 2 par an dans l’hypothèse la plus stricte ; un 80 % en garderait 3.

Le seuil reste exprimé en salaire : un temps partiel mieux payé que le Smic valide plus vite que dans ces exemples. Les plus exposés sont donc les salariés qui cumulent peu d’heures et une paie proche du Smic. Pour eux, l’enjeu dépasse le relevé de carrière. Aujourd’hui, le taux plein exige jusqu’à 172 trimestres selon l’année de naissance, ou un départ à 67 ans [3]. Une personne qui valide moins de trimestres par an atteindrait plus tard sa durée complète, même avec un âge légal ramené à 62 ans.

Lire aussi :  Né au début de 1965, vous partiriez à la retraite six mois plus tard si le Sénat reprend le trimestre offert l’an dernier par la suspension de la réforme

Temps partiel : les femmes en première ligne

En 2025, 26,6 % des femmes salariées travaillaient à temps partiel, contre 8,4 % des hommes. Elles forment 76,4 % des 4,3 millions de salariés concernés, et la proportion monte à 39,1 % chez les salariées qui ont au moins trois enfants à charge [4]. Parmi l’ensemble des personnes en emploi, 5,9 % des femmes travaillent moins d’un mi-temps, contre 2,7 % des hommes ; la part atteint 9 % chez les moins de 25 ans [5].

Dans un open space vide à l’aube, une agente d’entretien aux cheveux gris, gants bleus et blouse de travail, appuyée sur son balai à côté de son chariot de ménage, regarde sa montre.
Avant l’arrivée des bureaux, une agente d’entretien termine ses heures et regarde sa montre. Parmi les personnes en emploi, 5,9 % des femmes travaillent moins d’un mi-temps, contre 2,7 % des hommes, selon l’Insee. Image d’illustration.

C’est le cœur de la critique formulée par Le Télégramme : contrats courts, saisonniers et temps partiel subi, majoritairement féminin, auraient du mal à valider quatre trimestres par an, et leur âge du taux plein reculerait malgré un âge légal plus bas [6]. Le paradoxe tient dans le calcul : la mesure vise à financer un départ plus tôt, mais elle pèse d’abord sur ceux dont la carrière est faite de petites quotités.

Maternité, maladie, carrières longues : ce que Jordan Bardella promet de préserver

Le président du RN annonce un durcissement « progressif » et des exceptions pour « préserver les périodes liées à la maternité, à la maladie, au handicap ou aux accidents de la vie », ainsi que les « facilités de départ pour les carrières longues » [1]. Ces périodes relèvent aujourd’hui des trimestres dits assimilés, validés sans salaire : un trimestre pour 60 jours d’indemnités journalières de maladie, un pour 90 jours de congé maternité indemnisé [3]. La liste citée ne mentionne pas le chômage, qui fait pourtant partie de ces périodes.

Un homme aux cheveux gris et à la barbe naissante, chemise à carreaux, trace au feutre rouge une croix dans la grille d’un calendrier punaisé sur un liège, où de nombreuses cases sont déjà barrées, dans une cuisine éclairée par une lampe chaude, la nuit tombée derrière la fenêtre.

Reste la question des années déjà travaillées. Le précédent de 2014 ne valait que pour l’avenir : les salaires perçus jusqu’en 2013 restent comptés à 200 heures, ceux perçus depuis à 150 heures [3]. Rien n’indique encore si le RN suivrait la même logique, ni à partir de quelle génération ou de quelle année de salaire le nouveau seuil s’appliquerait.

Sources et références

[1] Boursorama avec Media Services — « Retraites : le RN promet un retour à 62 ans, mais en durcissant les conditions pour valider un trimestre », 4 novembre 2026
https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/retraites-le-rn-promet-un-retour-a-62-ans-mais-en-durcissant-les-conditions-pour-valider-un-trimestre-81023e442b38a41fb9be391d77667588

[2] Capital — Xavier Martinage, « Fini les quatre trimestres validés sans avoir travaillé toute l’année, prévient la députée RN Laure Lavalette », 5 novembre 2026
https://www.capital.fr/votre-retraite/fini-les-quatre-trimestres-valides-sans-avoir-travaille-toute-lannee-previent-la-deputee-rn-laure-lavalette-1531650

[3] Service-Public — « Durée d’assurance retraite du salarié du secteur privé », fiche F1761
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1761

[4] Insee — « Temps partiel », fiche Emploi, chômage, revenus du travail, enquête Emploi 2025
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8733075?sommaire=8733125

[5] Insee — « Temps de travail et quotité travaillée selon le sexe et l’âge », données annuelles 2025, 25 mars 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/2489589

[6] Le Télégramme — Martin Vaugoude, « Retraites : pourquoi le projet de réforme du RN risque de pénaliser les précaires et les femmes », 4 novembre 2026
https://www.letelegramme.fr/politique/retraites-pourquoi-le-projet-de-reforme-du-rn-risque-de-penaliser-les-precaires-et-les-femmes-7152048.php

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