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Né au début de 1965, vous partiriez à la retraite six mois plus tard si le Sénat reprend le trimestre offert l’an dernier par la suspension de la réforme

La commission des affaires sociales du Sénat a adopté le 4 novembre un amendement qui rétablit le calendrier de la réforme des retraites de 2023, suspendu l’an dernier. Les générations nées de mi-1964 à 1968 partiraient trois mois plus tard, celles du début de 1965 six mois, et le gel des pensions de 2027 épargnerait les retraites jusqu’à 1 500 €.

Une femme d’une soixantaine d’années aux cheveux gris courts, en tunique de travail bleu clair, barre au feutre rouge une date entourée sur un calendrier mural de sa cuisine et en entoure une autre plus loin, les sourcils froncés.
Dans sa cuisine, une femme d’une soixantaine d’années en tunique de travail barre une date entourée sur son calendrier et en entoure une autre plus loin. Avec la version du Sénat, une personne née entre janvier et mars 1965 partirait à la retraite six mois plus tard qu’aujourd’hui. Image d’illustration.
Sommaire

La suspension de la réforme des retraites, votée l’an dernier dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026, avait figé l’âge de départ à 62 ans et 9 mois pour les personnes nées de 1963 à fin mars 1965, avec 170 trimestres pour le taux plein, puis laissé le calendrier repartir avec un trimestre de retard pour les suivantes [1][2]. C’est ce trimestre gagné que la majorité sénatoriale veut reprendre. « La boutique n’est pas tenue », a lancé mercredi la rapporteure de la branche vieillesse, Marie-Do Aeschlimann (LR), en présentant les amendements arrêtés par la commission des affaires sociales [3].

Le premier rétablit le calendrier de 2023. Le second touche les retraités déjà partis : il garde le gel des pensions de base en 2027 voulu par le gouvernement, mais en épargne davantage de retraites [4]. La commission chiffre le coût de la suspension à plus de 10 milliards d’euros cumulés entre 2026 et 2032 [5], et attend 600 millions d’euros d’économies en 2027 de son retour en arrière [3].

Réforme des retraites : l’âge de départ selon votre date de naissance si le Sénat l’emporte

L’amendement n° 323 ne remet pas exactement en place la réforme Borne. Il épargne les personnes nées jusqu’au 30 juin 1964, qui gardent 62 ans et 9 mois : une partie d’entre elles touche déjà sa pension. Pour toutes les générations suivantes jusqu’à 1968, il remet trois mois de plus, et même six pour celles nées au premier trimestre 1965, qui avaient profité deux fois de la suspension [5][1].

Vous êtes né(e)Âge légal aujourd’huiVersion du SénatÉcart
de 1963 au 30 juin 196462 ans et 9 mois62 ans et 9 moisaucun
du 1er juillet au 31 décembre 196462 ans et 9 mois63 ans+3 mois
du 1er janvier au 31 mars 196562 ans et 9 mois63 ans et 3 mois+6 mois
du 1er avril au 31 décembre 196563 ans63 ans et 3 mois+3 mois
en 196663 ans et 3 mois63 ans et 6 mois+3 mois
en 196763 ans et 6 mois63 ans et 9 mois+3 mois
en 196863 ans et 9 mois64 ans+3 mois
à partir de 196964 ans64 ansaucun

La durée d’assurance suit le même mouvement. Il faudrait 171 trimestres pour le taux plein si vous êtes né au second semestre 1964, au lieu de 170, puis 172 dès la génération 1965, au lieu de 170 ou 171 selon le mois de naissance [5][2]. Pour les personnes nées au premier trimestre 1965, cela fait deux trimestres de plus à réunir, en plus des six mois d’attente.

Gros plan sur une table de cuisine en bois : la main ridée d’un homme en veste de travail bleu marine, alliance au doigt, posée sur un épais dossier cartonné beige rempli de papiers et fermé par un élastique rouge, à côté d’un sablier au sable doré éclairé à contre-jour.
Infographie : âge légal de départ à la retraite selon la date de naissance, aujourd’hui et dans la version du Sénat. Janvier 1963 à juin 1964 : 62 ans et 9 mois dans les deux cas. Juillet à décembre 1964 : 62 ans et 9 mois aujourd’hui, 63 ans avec le Sénat, 3 mois de plus. Janvier à mars 1965 : 62 ans et 9 mois contre 63 ans et 3 mois, 6 mois de plus. Avril à décembre 1965 : 63 ans contre 63 ans et 3 mois. 1966 : 63 ans et 3 mois contre 63 ans et 6 mois. 1967 : 63 ans et 6 mois contre 63 ans et 9 mois. 1968 : 63 ans et 9 mois contre 64 ans. Dès 1969 : 64 ans dans les deux cas. Pensions démarrant à partir du 1er juillet 2027 ; trimestres pour le taux plein : 171 au second semestre 1964, 172 dès 1965. Encadré : hausse de janvier 2027 gardée jusqu’à 1 500 € de pensions (1 260 € pour le gouvernement) ; retraité à la pension moyenne de 1 705 € brut dont 1 000 € de base : environ 18 € de moins par mois, 216 € sur l’année, sans rattrapage par décret ; futur retraité à la pension moyenne : 3 mois d’attente représentent 5 115 € bruts non versés, 10 230 € pour 6 mois.
Avec la version du Sénat, l’âge légal reculerait de trois mois pour les personnes nées de juillet 1964 à fin 1968, et de six mois pour celles nées de janvier à mars 1965. Infographie : ADAG, d’après les amendements n° 321, 322 et 323 de la commission des affaires sociales du Sénat, calculs de la rédaction.

Nés à l’été 1964 : tout se joue sur la date d’effet de la pension

Le texte ne vise que les pensions « prenant effet à compter du 1er juillet 2027 » [5]. Or une retraite démarre en règle générale le premier jour du mois qui suit l’âge légal. Selon notre lecture, une personne née le 15 juillet 1964 atteint 62 ans et 9 mois le 15 avril 2027 et peut partir le 1er mai : elle n’est pas concernée si elle dépose sa demande à temps. Née le 15 août, sa pension démarre le 1er juin, et elle y échappe aussi.

À partir de septembre 1964, le calendrier rattrape les futurs retraités. Une personne née le 15 septembre 1964 pourrait aujourd’hui partir le 1er juillet 2027 ; avec la version du Sénat, elle devrait attendre ses 63 ans et le 1er octobre 2027. Pour une naissance le 15 février 1965, le départ passerait du 1er décembre 2027 au 1er juin 2028.

Trois mois de départ en plus, ce sont trois mois de pension en moins, sauf à continuer de travailler. Pour un futur retraité qui toucherait la pension moyenne de droit direct, 1 705 € brut par mois selon la Drees, l’écart représente 5 115 € bruts, et 10 230 € pour un report de six mois [6]. Le calculateur ci-dessous donne votre date de départ dans chaque version à partir de votre mois de naissance, et la hausse de pension prévue en janvier pour un retraité.

Version du Sénat : quand partir, et quelle hausse en janvier ?
Choisissez votre situation. L’outil compare les règles actuelles aux amendements adoptés le 4 novembre 2026 par la commission des affaires sociales du Sénat (n° 323 pour l’âge, n° 321 et 322 pour le gel), qui doivent encore être votés en séance.
Âge : article L161-17-2 du code de la Sécurité sociale en vigueur (Service-Public, fiches F14043 et F35063) et amendement n° 323, qui ne vise que les pensions prenant effet à partir du 1er juillet 2027. Date de départ estimée au 1er jour du mois qui suit l’âge légal, cas général du régime de base ; une naissance le 1er du mois ou une carrière longue peut changer la date, à vérifier auprès de votre caisse. Gel : article 35 du projet de loi (seuil de 1 260 €, paliers jusqu’à 1 281 € fixés par décret) et amendements n° 321 et 322 (seuil de 1 500 €, paliers de 80 à 20 % jusqu’à 1 526 €, plus de décret possible). Le seuil porte sur le total des pensions, la hausse sur la seule retraite de base. Hausse légale estimée à 1,8 % par notre rédaction d’après l’Insee (1,7 % pour la Commission des comptes de la Sécurité sociale). Estimation indicative. Mise en forme : ADAG.

Gel des pensions en 2027 : le seuil remonte à 1 500 €, mais le décret disparaît

Le gel de l’article 35 ne touche que les retraites de base, celles de l’Assurance retraite, de la fonction publique ou de la MSA. Mais le seuil se calcule sur le total de toutes les pensions de chaque retraité, complémentaires et réversion comprises, au mois qui précède la revalorisation [4][7]. Une ancienne salariée qui touche 950 € de base et 550 € d’Agirc-Arrco est donc à 1 500 € : elle garderait sa hausse de janvier avec la version du Sénat, pas avec celle du gouvernement.

Lire aussi :  Le retraité dont le Livret A est déjà plein gagnerait 10 € par mois avec le plafond relevé pour les lycées, quand la hausse des prix lui en prend deux fois plus
Dans une cuisine, un homme aux cheveux blancs et à lunettes, assis devant une tasse et des enveloppes, regarde un smartphone en fronçant les sourcils ; sa femme, en gilet, se penche par-dessus son épaule, la main posée sur son bras.
Dans leur cuisine, un couple de retraités consulte un téléphone, l’air soucieux. Avec la version du Sénat, une retraite de base resterait gelée en 2027 dès que le total des pensions dépasse 1 526 € brut par mois, sans rattrapage possible par décret. Image d’illustration.

Entre 1 500 et 1 526 €, quatre paliers amortissent l’effet de seuil : la hausse tombe à 80 %, 60 %, 40 % puis 20 % de l’inflation [4]. Au-delà, le coefficient est fixé à un, c’est-à-dire aucune hausse, mais aucune baisse en euros. Selon la commission, 40 % des retraités seraient ainsi protégés de l’inflation, contre un tiers dans le texte du gouvernement, ce qui réduit de 200 millions d’euros l’économie attendue de 4 milliards [3].

En échange, les sénateurs retirent une porte de sortie. Le texte du gouvernement permettait de revaloriser par décret, au cours de 2027, les pensions au-dessus du seuil [7]. Un autre amendement de la commission, le n° 322, supprime cette possibilité : avec un déficit de la branche vieillesse attendu à 4,8 milliards d’euros en 2027, une hausse au-dessus de 1 500 € « ne paraît donc pas envisageable », écrit la rapporteure [8].

Pensions totales (dont base)Texte du gouvernementVersion du Sénat
1 200 € (800 €)+14 € par mois+14 € par mois
1 400 € (900 €)0 €, sauf décret+16 € par mois
1 500 € (950 €)0 €, sauf décret+17 € par mois
1 510 € (950 €)0 €, sauf décret+10 € par mois
1 705 € (1 000 €)0 €, sauf décret0 €

Ces montants appliquent à la seule retraite de base la hausse que donnerait la règle habituelle en janvier 2027, que nous estimons à 1,8 % d’après les prix hors tabac de l’Insee connus fin octobre ; la Commission des comptes de la Sécurité sociale retenait 1,7 % [9][10]. Le chiffre officiel dépendra de l’indice d’octobre, publié le 13 novembre.

Pour le retraité à la pension moyenne de 1 705 € brut, dont environ 1 000 € de base, la version sénatoriale ne change rien au montant : il perdrait 18 € par mois, soit 216 € sur l’année, comme dans le texte du gouvernement, mais sans plus pouvoir espérer de rattrapage par décret [6]. Nous avions détaillé ce calcul pour d’autres profils, anciens fonctionnaires et couples, dans notre article sur le coût du gel partiel.

Ce qui peut encore faire tomber ces amendements

Rien n’est voté. Les amendements seront discutés en séance publique du lundi 9 au mercredi 18 novembre, date du vote solennel sur l’ensemble du texte [3]. Celui qui rétablit la réforme de 2023 est encore « en attente de recevabilité financière » au Sénat [5], et le gouvernement ne veut pas entendre parler d’un retour de la réforme [3].

Un couple de retraités assis à une table de cuisine en bois : l'homme aux cheveux gris, pull bleu marine, tape sur une calculatrice ; la femme au carré argenté, gilet rouge, tient un relevé de pension et un stylo ; un classeur ouvert, quelques pièces, deux tasses et une paire de lunettes sont posés devant eux.

La suite dépend de la manière dont le budget sera adopté. Avec un 49.3, le gouvernement pourrait reprendre une partie des amendements sénatoriaux. Avec un budget par ordonnance, c’est le texte initial qui s’appliquerait, a rappelé le président de la commission, Philippe Mouiller (LR) [3] : le calendrier actuel resterait en place, et le seuil du gel redescendrait à 1 260 €, avec la possibilité d’un décret au-dessus.

Sources et références

[1] Service-Public — « À partir de quel âge un salarié peut-il partir en retraite ? », fiche F14043, vérifiée le 14 août 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F14043

[2] Service-Public — « Combien de trimestres un salarié doit-il avoir pour bénéficier d’une retraite à taux plein ? », fiche F35063
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F35063

[3] Public Sénat — « Budget 2027 de la Sécurité sociale : les sénateurs proposent de revaloriser sur l’inflation les pensions de retraite allant jusqu’à 1500 euros », 4 novembre 2026
https://www.publicsenat.fr/actualites/sante/budget-2027-de-la-securite-sociale-les-senateurs-proposent-de-revaloriser-sur-linflation-les-pensions-allant-jusqua-1500-euros

[4] Sénat — Amendement n° 321 présenté par Mme Aeschlimann au nom de la commission des affaires sociales, article 35, projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (n° 138), 4 novembre 2026
https://www.senat.fr/amendements/2026-2027/138/Amdt_321.html

[5] Sénat — Amendement n° 323 de la commission des affaires sociales, article additionnel après l’article 35, PLFSS 2027 (n° 138), 4 novembre 2026
https://www.senat.fr/amendements/2026-2027/138/Amdt_323.html

[6] Drees — « Les retraités et les retraites », édition 2026, fiche 05 « Le niveau des pensions »
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2026-10/RR2026%20-%20Fiche%2005%20-%20Le%20niveau%20des%20pensions.pdf

[7] Assemblée nationale — Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, n° 3211, article 35, déposé le 1er octobre 2026
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/docs/PRJLANR5L17B3211.raw

[8] Sénat — Amendement n° 322 de la commission des affaires sociales, article 35, PLFSS 2027 (n° 138), 4 novembre 2026
https://www.senat.fr/amendements/2026-2027/138/Amdt_322.html

[9] Insee — Indice des prix à la consommation, base 2025, ensemble des ménages, France, ensemble hors tabac (série 011814056)
https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/011814056

[10] Commission des comptes de la Sécurité sociale — « Les comptes de la Sécurité sociale », rapport d’octobre 2026
https://www.securite-sociale.fr/files/live/sites/SSFR/files/medias/CCSS/2026/CCSS-octobre-2026_assemble_VDEF.pdf

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