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Chaudière éteinte, au lit à 18 h : ces retraités qui ne se chauffent plus ont encore des aides à réclamer, et sous 19 °C le froid devient dangereux

Chaudière éteinte, coucher à 18 h : des retraités aux petites pensions ne se chauffent plus. Le chèque énergie se réclame encore jusqu'au 31 décembre, la trêve démarre le 1er novembre, et sous 19 °C le risque d'hypothermie guette.

Une femme âgée aux cheveux blancs, en manteau de laine, bonnet et écharpe, assise à la table de sa cuisine, tient une tasse de thé fumante à deux mains ; un radiateur blanc sous la fenêtre, une enveloppe et des papiers sur la table.
Garder son manteau et son bonnet pour boire un thé dans sa cuisine : à l'approche de l'hiver, des retraités aux petites pensions racontent qu'ils ne chauffent plus leur logement, alors que des aides restent à réclamer.

Martine, 71 ans, a éteint sa chaudière il y a trois ans. Ancienne assistante maternelle installée en Isère, elle touche 900 € de retraite par mois et vit dans un appartement où le thermomètre tourne autour de 10 °C. Les deux derniers hivers, le froid lui a même valu des engelures aux pieds, a-t-elle raconté dans un reportage de TF1 repris par Pleine Vie et Marie France. [1] [2] Marie-Claude, 74 ans, ancienne ouvrière agricole, se couche à 18 h pour éteindre lumière et chauffage au plus tôt. Sur ses 780 € de pension, 360 € partent dans le loyer, et une facture d’électricité de 133 € a suffi à lui faire craindre la coupure. [3]

Ces témoignages, publiés la même semaine, arrivent quelques jours avant la trêve hivernale du 1er novembre. Ils n’ont rien d’exceptionnel : selon le dernier baromètre du Médiateur national de l’énergie, 35 % des foyers disent avoir souffert du froid au moins 24 heures chez eux l’hiver dernier, contre 14 % en 2020. [5] Des aides existent pourtant, dont le chèque énergie, qui peut encore être demandé jusqu’au 31 décembre. Et à 70 ans passés, vivre à 10 °C n’est plus seulement une question de confort.

Chaudière éteinte, coucher à 18 h : quand le chauffage devient la dépense qu’on supprime

Les récits se ressemblent. Martine a tout arrêté parce que le gaz était devenu trop cher, et elle n’avait pas les moyens d’acheter du bois pour sa cheminée. Elle compense avec des pulls, des gilets, un plaid, a-t-elle expliqué à TF1. [1] [2] Un réseau de bénévoles de la région grenobloise lui livre désormais du bois récupéré, contre le seul remboursement des frais kilométriques. [1]

Marie-Claude, elle, a tout transformé en variable d’ajustement. Pour garder l’électricité, j’ai réussi à me priver de médicaments, de manger, raconte-t-elle. [3] Ses chiffres expliquent cette angoisse : la facture de 133 € représente 17 % de sa pension mensuelle, et près d’un tiers des 420 € qui lui restent une fois le loyer payé. Le CCAS de sa commune a évalué son reste à vivre à 407,40 € par mois, toutes charges fixes déduites. [3]

Le phénomène dépasse la France. En Angleterre, Jeanette et Godfrey, 69 et 77 ans, n’ont plus qu’un radiateur soufflant dans une seule pièce depuis la panne définitive de leur chaudière, dont le remplacement coûterait environ 2 340 €. Je ne pense pas que nous survivrons à un autre hiver rigoureux, a confié Godfrey à Sky News, cité par Marie France. [4]

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Le baromètre du Médiateur national de l’énergie, réalisé en septembre 2025 auprès de plus de 2 000 foyers, donne l’ampleur du problème. 74 % des foyers restreignent leur chauffage pour des raisons financières, et 36 % ont eu du mal à payer leurs factures, le niveau le plus haut jamais mesuré par cette enquête. Chez les bénéficiaires du chèque énergie, la part de ceux qui ont eu froid chez eux atteint 59 %, en hausse de 10 points en un an. [5]

Infographie : part des foyers ayant eu froid au moins 24 heures chez eux, 14 % en 2020, 30 % en 2024, 35 % en 2025 et 59 % des bénéficiaires du chèque énergie en 2025 ; montants du chèque énergie 2026 d'une personne seule, de 194 € à 48 € selon le revenu fiscal de référence ; rappels sur la trêve hivernale, les aides et le repère de 19 °C.
35 % des foyers ont eu froid chez eux l’hiver dernier, 59 % parmi les bénéficiaires du chèque énergie. Infographie : ADAG, d’après le Médiateur national de l’énergie, economie.gouv.fr, Service-public.fr et energie-info.fr.

À 10 °C chez soi, le risque d’hypothermie n’a rien de théorique

Le ministère de la Santé conseille de garder son logement à au moins 19 °C, et certaines recommandations médicales visent environ 20 °C chez les personnes âgées, surtout dans la chambre. Avec 10 °C chez elle, Martine vit 9 degrés sous ce repère. Avec l’âge, le corps sent moins bien le froid et réagit moins vite : les frissons, la contraction des vaisseaux et la chaleur produite par les muscles s’affaiblissent, si bien que la température baisse plus vite. Une pièce simplement fraîche peut suffire, comme nous l’expliquions dans notre article sur l’hypothermie chez la personne âgée.

On parle d’hypothermie quand la température centrale du corps descend sous 35 °C. Les premiers signes ressemblent à un coup de froid : frissons persistants, mains ou pieds engourdis, fatigue inhabituelle. Puis la personne parle plus lentement, cherche ses mots ou semble perdre le fil. Une confusion ou une somnolence inhabituelle chez un proche âgé qui vit dans le froid justifie un appel au 15 ou au 112. L’arrêt des frissons ne rassure pas : il peut signifier que l’organisme n’a plus assez d’énergie pour produire de la chaleur.

Le témoignage de Marie-Claude montre pourquoi le choix entre se chauffer et manger pèse doublement. Un logement froid refroidit le corps, et une dénutrition ou une déshydratation favorise elle aussi la perte de chaleur. En attendant les secours, il faut éviter le bain chaud, le radiateur soufflant ou la bouillotte posée sur la peau : un réchauffement brutal peut aggraver l’état de la personne. Si elle est bien consciente et avale sans difficulté, une boisson chaude, sucrée et sans alcool l’aide.

Vue de dos d'une personne âgée avec un manteau et un bonnet, regardant un lac enneigé en hiver.

Le chèque énergie 2026 peut encore se demander jusqu’au 31 décembre

Le chèque énergie est envoyé automatiquement depuis le 1er avril aux foyers identifiés par l’administration. Ceux qui ne l’ont pas reçu alors qu’ils y ont droit peuvent le demander en ligne, sur le site chequeenergie.gouv.fr, ou par courrier, jusqu’au 31 décembre 2026. Une assistance téléphonique gratuite répond au 0 805 204 805, et les conseillers des maisons France services peuvent aider à faire la démarche. [6]

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Il est réservé aux foyers dont le revenu fiscal de référence 2024 est inférieur à 11 000 € par unité de consommation, une personne seule comptant pour une unité. Son montant va de 48 € à 277 €, pour une moyenne de 150 €. [6] Pour une personne qui vit seule, il dépend du revenu fiscal de référence : [7]

  • moins de 5 700 € : 194 € ;
  • de 5 700 € à moins de 6 800 € : 146 € ;
  • de 6 800 € à moins de 7 850 € : 98 € ;
  • de 7 850 € à moins de 11 000 € : 48 €.

Le chèque ne paie pas seulement l’électricité et le gaz : il sert aussi à acheter du bois ou du fioul, le cas de Martine. [6] Même au montant maximal d’une personne seule, il couvre moins d’une facture et demie comme celle de Marie-Claude. Les résidents d’une résidence autonomie, d’un Ehpad ou d’un logement-foyer conventionné peuvent bénéficier d’une aide spécifique de 192 € par an et par logement, sous condition de revenus, que le gestionnaire déduit de leurs avis d’échéance. [6]

Son intérêt dépasse son montant. Les attestations envoyées avec le chèque, à transmettre à son fournisseur, ouvrent des protections en cas d’impayé : pendant la trêve hivernale, la puissance électrique d’un bénéficiaire est maintenue, même avec des factures en retard, et les frais liés à un impayé sont réduits. [7] [8]

Trêve hivernale du 1er novembre : ce qu’elle protège, et ce qu’elle laisse de côté

Du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, les fournisseurs n’ont pas le droit de couper l’électricité ou le gaz d’une résidence principale pour un impayé. [8] [9] Les factures restent dues pour autant, et en électricité, le fournisseur peut réduire la puissance du compteur pendant cette période, à 2 ou 3 kVA selon le contrat. Les bénéficiaires du chèque énergie y échappent, à condition d’avoir transmis à leur fournisseur l’attestation reçue avec le chèque. [8] Chez EDF, la fourniture d’électricité est maintenue toute l’année. [9]

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La trêve ne couvre pas le fioul, le bois ni le gaz en citerne. [8] Pour un retraité qui se chauffe ainsi, rien n’empêche la cuve de rester vide ou la réserve de bûches de s’épuiser : seule une aide financière, comme le chèque énergie, permet alors de remplir la cuve ou de racheter du bois. Et un avis de coupure reçu cet hiver reste à prendre au sérieux, car le fournisseur pourra couper dès la fin de la trêve. [8]

Illustration à la gouache : dans un bureau chaleureux, une retraitée en manteau et une conseillère souriante, assises de part et d'autre d'un bureau en bois, regardent ensemble une feuille ; une tasse de thé, une lampe et un radiateur sous une fenêtre donnant sur des toits enneigés.
Au CCAS, un budget passé au crible peut débloquer une aide de secours, une demande au FSL ou un diagnostic du logement, comme pour Marie-Claude, 74 ans.

CCAS, FSL, caisse de retraite : les guichets quand la facture ne passe plus

Face à un courrier qui annonce une coupure, le Médiateur national de l’énergie conseille d’agir sans attendre : contacter son fournisseur pour négocier un échéancier, puis prendre rendez-vous avec les services sociaux de sa commune, comme le CCAS, ou du département. Ces services peuvent joindre le correspondant solidarité-précarité du fournisseur pour demander un aménagement du paiement, et orienter vers les aides disponibles. [8] Le Fonds de solidarité pour le logement (FSL), géré par le département, peut accorder un prêt ou une subvention pour payer des factures d’électricité, de gaz ou d’eau ; ses conditions varient d’un département à l’autre. [10] La CAF, la caisse de retraite ou une association caritative peuvent aussi être sollicitées. [8]

C’est ce parcours qu’a suivi Marie-Claude. Le CCAS de sa commune suit une centaine de foyers en difficulté chaque année et peut présenter un dossier à une commission de secours, qui règle directement la facture au fournisseur. Il lui a aussi proposé un diagnostic énergie à domicile. Les techniciens ont relevé des joints de fenêtres usés, une isolation à revoir et un abonnement électrique de 45 ampères trop élevé pour ses quelques appareils, puis remplacé ses ampoules : la puissance d’éclairage est passée de 160 W à 20 W pour la même lumière. Avec l’abonnement ajusté, le technicien lui a promis environ 20 % d’économie sur sa facture d’électricité. [3]

En cas de litige avec un fournisseur, une coupure contestée ou une facture erronée, le Médiateur national de l’énergie peut être saisi gratuitement. [3] [8] Marie-Claude, elle, attend sa prochaine facture pour vérifier si ces 20 % promis allégeront vraiment ses fins de mois. [3]

Sources et références

[1] Pleine Vie — « A 71 ans, Martine, retraitée à 900 euros de pension par mois vit sans chauffage », 20 octobre 2026
https://www.pleinevie.fr/vie-quotidienne/societe/a-71-ans-martine-retraitee-a-900-euros-de-pension-par-mois-vit-sans-chauffage-ca-fait-3-ans-que-je-me-chauffe-plus-javais-meme-des-engelures-au-pied-tellement-il-faisait-froid-11-226835.html

[2] Marie France — « Martine, retraitée de 71 ans avec moins de 1000 euros de pension : “Je ne peux plus me chauffer” », 21 octobre 2026
https://www.mariefrance.fr/actualite/societe/martine-retraitee-de-71-ans-avec-moins-de-1000-euros-de-pension-je-ne-peux-plus-me-chauffer-etant-donne-que-le-gaz-est-tellement-cher-donc-jai-arrete-la-chaudiere-1309136.html

[3] Maison & Travaux — « Marie-Claude, retraitée avec 780 € par mois, se met au lit à 18 h pour éviter les factures trop élevées », 22 octobre 2026
https://www.maison-travaux.fr/actualites/budget/retraitee-lit-18h-eviter-factures-trop-elevees-662960.html

[4] Marie France — « La pension de retraite de Jeanette et son mari, 69 et 77 ans, ne leur permet pas d'allumer le chauffage », 22 octobre 2026
https://www.mariefrance.fr/actualite/societe/pension-retraite-jeanette-mari-69-77-ans-permet-pas-allumer-chauffage-survivrons-pas-autre-hiver-rigoureux-22-1304340.html

[5] Médiateur national de l'énergie — Baromètre énergie-info 2025, synthèse (enquête BECOMING, septembre 2025)
https://www.energie-mediateur.fr/wp-content/uploads/2025/10/synthese_barometre-energie-info_2025.pdf

[6] economie.gouv.fr — « Comment bénéficier du chèque énergie ? », page mise à jour le 23 septembre 2026
https://www.economie.gouv.fr/particuliers/gerer-mon-argent/comment-beneficier-du-cheque-energie

[7] Service-Public.fr (DILA) — Chèque énergie, page consultée le 24 octobre 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F33667

[8] energie-info.fr (Médiateur national de l'énergie) — « Trêve hivernale : définition et conseils en cas de coupure », page consultée le 24 octobre 2026
https://www.energie-info.fr/fiche_pratique/treve-hivernale/

[9] Service-Public.fr (DILA) — Impayés de factures (gaz, électricité, eau) : quelles conséquences ?, page consultée le 24 octobre 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F20055

[10] Service-Public.fr (DILA) — Quelle aide apporte le Fonds de solidarité pour le logement (FSL) ?, vérifié le 12 décembre 2025
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1334

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