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La formule vient d’une tribune publiée le 2 novembre dans Le Monde par Alexandre Lourié, directeur général international du Groupe SOS : « Aujourd’hui, les finances publiques consacrent 2 euros aux retraites pour seulement 1 euro à l’avenir ». Elle met un chiffre sur la colère des lycéens et des étudiants mobilisés depuis plus d’un mois, dont les organisations sont reçues lundi 9 novembre par le gouvernement. Pour un retraité, la phrase sonne comme une accusation. Elle mérite surtout d’être vérifiée avec les chiffres officiels, car le calcul dépend de ce que l’on met de chaque côté de la balance.
Retraites : 422 milliards d’euros en 2025, près d’un euro public sur quatre
Le Conseil d’orientation des retraites (COR) chiffre les dépenses de retraite à 422,2 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du PIB et 24,3 % de l’ensemble des dépenses publiques [1]. C’est le premier poste de la protection sociale, et le COR rappelle que son évolution « explique à elle seule une grande partie de la progression des dépenses publiques depuis une vingtaine d’années » [2].
Ce que contiennent ces 422 milliards
- 361 milliards : les pensions de droit direct, celles que chacun touche au titre de sa propre carrière, base et complémentaire.
- 39 milliards : les pensions de réversion versées aux veufs et aux veuves.
- Le reste, environ 0,7 % du PIB : la gestion des caisses, l’action sociale et l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa, l’ex-minimum vieillesse).
En face, le ministère de l’Éducation nationale mesure chaque année la dépense intérieure d’éducation, tout ce que le pays consacre à son système éducatif, de la maternelle à l’université. Elle atteint 199,2 milliards d’euros en 2025, soit 6,7 % du PIB. L’État en finance 55 %, les collectivités 23 %, les entreprises 10 % (apprentissage compris), les familles 8 % et les autres administrations publiques 4 % [3].

2,1 euros pour 1 euro, et 2 euros tout rond une fois la CSG reprise
Rapporté à cette dépense d’éducation, le slogan tient. Selon nos calculs, la France verse 2,1 euros de retraites pour 1 euro consacré à l’école et à l’université. Le COR fournit aussi un montant net : une fois retirés la CSG, la CRDS et les autres prélèvements que les retraités paient sur leur pension, dont une partie revient d’ailleurs financer les retraites, la dépense tombe à 394 milliards d’euros, soit 13,2 % du PIB [1]. Le rapport descend alors à 1,98 euro, presque exactement les « 2 euros pour 1 euro » de la tribune.

Le calcul penche davantage encore si l’on ne garde que l’argent public. Les entreprises et les ménages paient 18 % de la dépense d’éducation ; les 82 % restants, environ 163 milliards d’euros, viennent de l’État, des collectivités et des autres administrations. Face à ce seul effort public, les retraites pèsent 2,6 fois plus.
La comparaison par personne donne un écart du même ordre. Fin 2024, la France compte 17,3 millions de retraités de droit direct, et la pension moyenne de ceux qui vivent en France s’élève à 1 752 euros bruts par mois, 1 626 euros après prélèvements sociaux [4]. La même année, un élève ou un étudiant représente 10 920 euros de dépense d’éducation, soit 910 euros par mois [5]. Un rapport de 1,9.
À ne pas confondre
Une pension n’est pas un budget de fonctionnement : c’est un revenu de remplacement, acquis par des années de cotisations et sur lequel le retraité vit. La dépense d’éducation paie un service, des enseignants, des locaux, des bourses. Le rapport de 2 pour 1 dit où va l’argent public, pas qui en profite plus que l’autre.
32 % du budget de l’Éducation nationale finance déjà des pensions
La tribune s’appuie sur un document publié par Bercy le 13 octobre avec le projet de budget 2027 : le rapport annuel sur les pensions de la fonction publique. Pour la première fois, il calcule pour chaque ministère la part de ses crédits qui part au compte d’affectation spéciale « Pensions », le circuit qui verse les retraites des fonctionnaires de l’État. À l’Éducation nationale, 28,5 milliards d’euros sur 89,1 milliards prévus en 2027, soit 32 % : 25,1 milliards de contributions de l’État employeur et 3,4 milliards de cotisations prélevées sur les traitements. La moyenne des ministères tourne autour de 13 % [6].
Ce montant gonfle parce que l’État doit équilibrer ce compte à tout moment, et qu’il le fait en relevant son taux de contribution : 74,28 % du traitement en 2024, 78,28 % en 2025, 82,28 % en 2026 pour un fonctionnaire civil [6].
| Régime | Total | Dont employeur |
|---|---|---|
| Fonctionnaires civils de l’État | 93,38 % | 82,28 % |
| Fonctions publiques territoriale et hospitalière | 48,75 % | 37,65 % |
| Salariés du privé, sous le plafond de la Sécu | 27,95 % | 16,67 % |
D’où vient le chiffre de « plus de 20 milliards » détournés de l’école, avancé par la tribune ? Nous l’avons recalculé : si l’Éducation nationale versait le taux employeur du privé au lieu de 82,28 %, ses contributions baisseraient de 20,0 milliards d’euros ; au taux des fonctions publiques territoriale et hospitalière, de 13,6 milliards. Bercy prévient toutefois que ces taux se comparent mal : celui de l’État s’applique au traitement sans les primes, couvre aussi l’invalidité et sert à combler un déséquilibre démographique, avec 0,94 cotisant pour un retraité contre 1,5 au régime général. Le même rapport écarte l’idée de pensions plus généreuses : selon la Drees, appliquer aux fonctionnaires de l’État nés en 1958 les règles du privé augmenterait leur pension de 1,5 % en moyenne [6].
Ce circuit change la lecture du « 1 euro ». La dépense d’éducation de 199 milliards inclut ces versements au compte des pensions, conformément aux normes de la comptabilité nationale [3], alors que les pensions qu’ils financent sont aussi comptées dans les 422 milliards du COR. Une partie de l’euro de l’école paie donc déjà des retraites, et la retirer ferait encore monter le rapport.

Depuis 2000, 2,5 points de PIB en plus pour les retraites, 0,5 point en moins pour l’enseignement
La tension ne date pas de ce budget. Le rapport de Bercy la résume en une phrase : « dans chaque ministère, les crédits qui financent la retraite ne financent pas les services publics » [6]. Elle se lit sur un quart de siècle.
- De 2000 à 2023 : les dépenses de retraite gagnent environ 2,5 points de PIB, celles d’enseignement en perdent 0,5 [6].
- En 2025 : la dépense d’éducation progresse de 0,1 % une fois l’inflation déduite, et la hausse des crédits de l’État pour l’enseignement scolaire tient d’abord à la contribution plus forte au compte des pensions [3].
- D’ici 2070 : les retraites resteraient vers 14,2 % du PIB jusqu’en 2045, puis monteraient à 15,3 % dans le scénario de référence du COR [2].
Le niveau français doit aussi être replacé dans son contexte. Parmi les pays suivis par le COR, la France est la deuxième, après l’Italie, pour la part des retraites dans le PIB, mais seulement la sixième pour la dépense de retraite par habitant, derrière les États-Unis, l’Italie, la Suède, l’Allemagne et la Belgique. Le COR y voit en partie l’effet d’un PIB par habitant plus faible que chez ces voisins [2].
Budget 2027 : 1,1 milliard de plus pour l’école, les pensions sous contrainte
Pour 2027, le gouvernement met en avant 1,1 milliard d’euros de moyens supplémentaires pour l’école et 0,4 milliard pour l’enseignement supérieur et la recherche, en présentant la maîtrise des dépenses de retraite et de santé comme la condition pour « investir dans les dépenses d’avenir » [6]. Les syndicats étudiants réclament, eux, « 10 mesures, 10 milliards », un montant dont aucun chiffrage global n’est public, relève l’Opinion. Côté retraités, le gel partiel des pensions, toujours en discussion, pèserait 17 euros par mois sur une pension moyenne.

Le COR rappelle enfin sur quoi repose la stabilité des dépenses jusqu’en 2045 : des pensions de base revalorisées sur les seuls prix quand les salaires suivent aussi la productivité, un rendement en baisse dans les régimes complémentaires, la modération des salaires des fonctionnaires et un âge de départ qui passerait de 63,1 ans à environ 64,6 ans [1]. Autrement dit, le « 2 pour 1 » ne s’alourdit pas parce que la pension de chaque retraité progresse moins vite que la paie des actifs.
Sources et références
[1] Conseil d’orientation des retraites — Rapport annuel, juin 2026, partie 2, chapitre 1, « Les dépenses du système de retraite » (PDF)
https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2026-06/RA_Part2_Chap1.pdf
[2] Conseil d’orientation des retraites — « Évolutions et perspectives des retraites en France », rapport annuel, synthèse, juin 2026 (PDF)
https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2026-06/Synth%C3%A8se_RA_2026_0.pdf
[3] DEPP, ministère de l’Éducation nationale — « En 2025, 199,2 milliards d’euros consacrés à l’éducation, soit 6,7 % du PIB », Note d’information n° 26.42, septembre 2026 (PDF)
http://www.education.gouv.fr/sites/default/files/document/educationnationaledepp-ni-2026-42pdf-520993.pdf
[4] Drees — Les retraités et les retraites, édition 2026, vue d’ensemble, 14 octobre 2026 (PDF)
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2026-10/Vue%20d'ensemble%20-%20Les%20retrait%C3%A9s%20et%20les%20retraites%20-%20%C3%89dition%202026_2.pdf
[5] Insee — « Dépenses d’éducation », France, portrait social, édition 2025, figure 1
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8612572
[6] Direction du Budget — Rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique, annexe au projet de loi de finances pour 2027, octobre 2026 (PDF)
https://www2.assemblee-nationale.fr/static/17/Annexes-DL/PLF_2027/12-Jaune-2027-Pensions-de-retraite-fonction-publique.pdf

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