Une chute le matin, un repas à peine touché, une douleur qui revient : si rien n’est noté, tout se perd.
Les transmissions en EHPAD évitent cela, à condition de savoir quoi écrire. On voit ensemble leur contenu et comment les rédiger au quotidien.
À quoi servent les transmissions en EHPAD
Objectifs et partage des informations

Les transmissions rassemblent les informations utiles sur la personne accueillie. Vous y notez son état, ses habitudes, les soins réalisés et ce que vous avez remarqué pendant la journée.
Concrètement, elles remplissent cinq fonctions que vous retrouverez à chaque relève :
- Surveiller : repérer un changement d’état général, de douleur, d’appétit, de sommeil, d’élimination ou de comportement.
- Alerter : prévenir rapidement l’infirmière ou le professionnel compétent quand une situation présente un risque ou demande une évaluation.
- Évaluer : vérifier les effets d’un soin, d’une installation, d’un ajustement de l’accompagnement ou d’une surveillance particulière.
- Coordonner : permettre aux aides-soignantes, infirmières, médecins, psychologues et autres intervenants de partager ce dont ils ont besoin.
- Personnaliser : rappeler les goûts, les habitudes de vie, le niveau d’autonomie et les réactions propres à chaque résident.
Droits et confidentialité
Vous touchez ici à la vie privée, à la santé et à l’accompagnement du résident. Tout cela est couvert par le secret professionnel. Ne partagez ces informations que lorsque la prise en charge l’exige.
Avant d’échanger avec un professionnel qui ne participe pas à la prise en charge, demandez en principe l’accord de la personne. Seule une situation prévue par la loi permet de s’en passer.
Au quotidien, cela se traduit par quelques réflexes simples :
- Parlez du résident dans un espace adapté, loin des autres résidents et des visiteurs.
- Verrouillez votre session sur le logiciel de soins dès que vous quittez l’ordinateur.
- Vérifiez l’identité du résident avant de saisir ou de transmettre une information.
Le résident a aussi le droit d’accéder aux informations écrites qui le concernent. Dans un EHPAD, vous pouvez adresser cette demande à la direction ou au médecin responsable.
Les formes de transmission se complètent
Formes et complémentarité
Vous avez à votre disposition quatre formes de transmission : orale, écrite, ciblée et informatisée. Chacune répond à un besoin précis. Aucune ne remplace les autres.
| Critère | Orale | Écrite | Ciblée | Informatisée |
|---|---|---|---|---|
| Utilité principale | Donner rapidement une information importante et permettre les questions | Conserver une information datée et consultable | Organiser un événement ou un problème autour des données, actions et résultats | Centraliser les observations dans le dossier du résident |
| Exemple en EHPAD | Signaler une chute récente à l’équipe qui prend son poste | Noter une douleur observée pendant la toilette | Suivre une agitation inhabituelle sur plusieurs jours | Compléter une note, une surveillance ou un diagramme dans le logiciel |
Alerte et traçabilité
Une information urgente, vous la donnez tout de suite à la personne compétente. En cas de chute avec blessure, de douleur forte ou de changement rapide de l’état, n’attendez pas la note.
Dès que la situation touche le suivi du résident, notez à l’écrit ce que vous avez dit à l’oral.
Une bonne traçabilité permet de retrouver :
- le moment où l’événement est survenu
- les signes observés
- les soins ou mesures mis en place
- l’information donnée à l’infirmière ou au médecin
- l’évolution du résident
La transmission ciblée structure l’écrit avec la méthode DAR
Construire une transmission DAR
Une transmission ciblée commence par une cible. C’est un mot ou un groupe de mots qui désigne le problème, le changement ou l’événement à suivre.
La méthode DAR développe ensuite cette cible en trois étapes :
- Données : ce que vous observez, ce que dit le résident et ce que vous mesurez, avec les circonstances et l’heure.
- Actions : ce que vous avez fait, l’installation proposée, la surveillance réalisée, l’aide apportée ou l’alerte donnée.
- Résultats : l’évolution après l’action. Le résident va-t-il mieux, reste-t-il douloureux, refuse-t-il toujours de manger, ou faut-il poursuivre la surveillance ?

La donnée doit rester factuelle. « Mme L. est pénible » exprime un jugement.
Cadre et usage de la méthode
La méthode DAR est un outil de structuration. Les textes encadrent la transmission et la protection des informations. Ils n’imposent pas une méthode unique.
Votre EHPAD peut prévoir un vocabulaire commun ou des cibles habituelles. Il peut aussi suivre une organisation propre à son logiciel. Dans ce cas, respectez la procédure interne, sans perdre de vue que la méthode DAR reste un outil et non une méthode imposée par les textes.
L’aide-soignante transmet ses observations et contribue à la continuité des soins
Rôle et limites professionnelles
Vous travaillez dans le cadre de vos compétences, au sein d’une équipe. Quand vous participez à des soins relevant du rôle propre de l’infirmière, vous agissez sous sa responsabilité. Vous n’êtes donc jamais seul face à une décision.
Pendant une toilette, un repas, un déplacement ou une installation, elle peut repérer :
- une douleur exprimée ou visible
- une modification de l’appétit ou des boissons consommées
- des selles ou des urines inhabituelles
- une confusion, une agitation ou un repli
- un refus de soin ou un changement dans les habitudes
Vous ne posez pas de diagnostic médical. Vous ne modifiez pas seul un traitement. Votre rôle est de décrire ce que vous constatez, de le transmettre au professionnel compétent et d’appliquer les consignes prévues.

Observations et alerte
Si un signe peut mettre le résident en danger, prévenez tout de suite l’infirmière, selon la procédure de l’Ehpad. Restez auprès du résident si la situation le demande.
Certaines situations demandent une vigilance rapide :
- une chute, même sans blessure visible
- une douleur nouvelle ou très intense
- une difficulté respiratoire
- un trouble soudain de la conscience ou du comportement
- un saignement
- une fièvre ou un frisson inhabituel
- un refus répété de boire ou de manger
Comment réaliser les transmissions au quotidien
Préparer et rédiger
Avant la relève, rassemblez ce que vous avez noté pendant votre poste. Vérifiez-le ensuite dans le dossier, les diagrammes et les feuilles de surveillance.
Pour chaque situation importante, posez-vous quatre questions :
- Qui est concerné ?
- Quoi s’est-il passé, ou qu’avez-vous observé ?
- Quand la situation est-elle survenue ?
- Quelle action avez-vous réalisée, et quel résultat a-t-elle donné ?
Une transmission complète contient en général la date et l’heure. Elle indique l’identité du résident, le contexte de l’observation et les signes observés. Elle décrit aussi les mesures prises, l’action menée et l’alerte donnée.

Qualité de l’écrit et de l’oral
Évitez les jugements et les suppositions. Évitez aussi les abréviations que seul vous comprenez, ainsi que les formulations vagues.
Une relève efficace permet de préciser :
- les résidents à surveiller en priorité ;
- les changements survenus depuis la relève précédente ;
- les soins ou accompagnements à poursuivre ;
- les informations à transmettre à l’équipe suivante.
Les supports facilitent le suivi et la communication
Dossier et outils de suivi
Plusieurs supports assurent le suivi du résident, sur papier ou informatisés selon l’organisation de l’EHPAD :
- Le dossier de soins conserve les informations cliniques et les observations utiles au suivi.
- Le logiciel de soins regroupe les notes, les transmissions ciblées, les plans de soins et certaines surveillances.
- Le diagramme de soins suit les soins répétitifs ou prévus, comme la toilette, les repas ou les mobilisations.
- La feuille de surveillance rassemble les mesures ou observations régulières, comme la température, le poids, les selles ou les apports hydriques.
- Le projet personnalisé rappelle les objectifs d’accompagnement et les choix de vie du résident.
Outils de traçabilité
Une traçabilité efficace doit être :
- datée : le lecteur situe l’événement dans le temps ;
- identifiée : le professionnel qui écrit peut être retrouvé ;
- factuelle : les mots décrivent des signes, des propos ou des actions observables.
Le dossier informatisé demande les mêmes précautions qu’un dossier papier. Les accès doivent être protégés. Seuls les professionnels autorisés qui participent à la prise en charge peuvent consulter les informations nécessaires à leur mission.
Au fond, une bonne transmission repose sur une règle simple. Vous transmettez l’information utile. Vous la donnez au bon professionnel, au bon moment, dans le bon support.
Si une transmission vous semble floue ou incomplète, ne la laissez pas passer. Parlez-en à l’infirmière ou à la direction, et demandez quelle procédure s’applique dans votre établissement, puisque votre EHPAD peut avoir son propre vocabulaire commun et ses propres cibles.

Retraite et bien-être




