« Les Français nés avant 1964 doivent toucher au moins cette pension » : la formule circule depuis quelques jours. [10] Elle mélange deux chiffres très différents. Le premier est un plancher, le minimum contributif, qui garantit en 2026 au plus 903,93 € brut par mois de retraite de base à un salarié du privé parti au taux plein. [1] Le second est une moyenne : 1 705 € brut pour l’ensemble des retraités vivant en France fin 2024, selon la Drees. [6] Entre les deux, il y a des conditions que beaucoup ignorent, un plafond relevé en juin, et une date de naissance qui compte moins que la date de départ.
Un plancher pour la retraite de base, pas un revenu minimum
Le minimum contributif, souvent abrégé « Mico », relève la retraite de base des personnes qui ont cotisé toute leur vie sur de petits salaires. Il concerne l’Assurance retraite (salariés du privé, contractuels de la fonction publique, artisans, commerçants) et la Mutualité sociale agricole pour les salariés. Si la retraite de base calculée est plus basse que le minimum, la caisse la porte à ce niveau. [1]
Deux montants existent depuis le 1er janvier 2026, après une hausse de 1,18 % calée sur le Smic : [1] [3]
- 756,29 € brut par mois pour une personne qui a tous les trimestres exigés pour sa génération, mais moins de 120 trimestres réellement cotisés ;
- 903,93 € brut par mois quand tous ces trimestres ont été cotisés, c’est-à-dire travaillés. C’est le « minimum majoré ».
Ce plancher ne vaut que pour la retraite de base. La complémentaire Agirc-Arrco, elle, n’a aucun minimum : elle dépend uniquement des points accumulés. [9] Il ne faut pas non plus le confondre avec le minimum vieillesse (Aspa), une allocation versée à partir de 65 ans selon les ressources du foyer et récupérable sur la succession. Le minimum contributif ne l’est pas. [1]
Quant à l’année de naissance mise en avant par plusieurs titres, elle n’ouvre aucun droit particulier. Le minimum s’applique à toutes les générations ; ce qui fixe son montant, c’est l’année où la retraite a commencé.
Qui y a droit : le taux plein, toutes ses retraites, et un calcul au prorata
Trois conditions doivent être réunies, détaillées par la Carsat dans sa notice sur le dispositif : [4]
- une retraite de base au taux plein, soit 50 %. Il est obtenu avec tous les trimestres exigés, à 67 ans, ou au titre de l’inaptitude. Une retraite partie avec une décote n’y a pas droit ;
- avoir obtenu toutes ses retraites, de base et complémentaires, françaises et étrangères. Si l’une d’elles démarre plus tard, le droit au minimum ne s’ouvre qu’à cette date ;
- un total de retraites sous un plafond, complément compris. Au-delà, le minimum est réduit.
Le montant dépend ensuite des trimestres. La partie de base, 756,29 €, est réduite en proportion si la durée validée au régime général est inférieure à la durée exigée. La majoration de 147,64 € s’ajoute à partir de 120 trimestres cotisés, en proportion de ces trimestres cotisés. [4] Pour le seuil de 120, les périodes d’assurance vieillesse des parents au foyer et des aidants comptent dans la limite de 24 trimestres. [4]
| Situation au départ en 2026 | Minimum de retraite de base |
|---|---|
| Tous les trimestres exigés, tous cotisés | 903,93 € par mois |
| Né en 1964, 170 trimestres exigés, 135 cotisés | 873,53 € par mois |
| Tous les trimestres exigés, moins de 120 cotisés | 756,29 € par mois |
| Né en 1960, 132 trimestres sur 167, dont 118 cotisés | 597,79 € par mois |
Les trois premières lignes reprennent le barème et l’exemple publiés par Service-Public. [1] La dernière applique le barème 2026 au cas type de la notice de la Carsat, une retraite pour inaptitude : 756,29 € × 132/167, sans majoration faute de 120 trimestres cotisés. [4]

Le plafond relevé en juin : 1 444,89 € toutes retraites confondues
C’est la règle qui réserve le plus de surprises. Le complément versé ne peut pas porter le total des retraites, base et complémentaires réunies, au-delà d’un plafond. Ce plafond suit le Smic : il valait 1 410,89 € au 1er janvier 2026, et il est passé à 1 444,89 € pour les droits ouverts depuis le 1er juin 2026, après la hausse du Smic de 2,41 %. [2] Certaines reprises donnent encore le chiffre de janvier. La même circulaire précise que les montants du minimum lui-même ne changent pas en cours d’année : ils restent calés sur le Smic du 1er janvier. [2]

Prenons une personne partie en juin 2026 avec tous ses trimestres cotisés. Sa retraite de base calculée est de 700 € et sa complémentaire de 700 €. Le minimum majoré lui donnerait 203,93 € de plus par mois. Mais 700 + 700 + 203,93 font 1 603,93 €, soit 159,04 € au-dessus du plafond. La caisse retire cet excédent : le complément tombe à 44,89 €. C’est la même mécanique que l’exemple chiffré de la Carsat, qui ramenait une majoration de 237,55 € à 71,17 €. [4] Un salarié modeste qui a bien cotisé à sa complémentaire peut donc toucher très peu, voire rien, au titre du minimum.
Pour faire le calcul avec vos propres chiffres, l’outil ci-dessous reprend ces règles. Il suffit de votre relevé de carrière ou de votre estimation retraite.
Face à une pension moyenne de 1 705 €, un minimum qui touche une nouvelle retraite sur six
Le panorama annuel de la Drees, publié le 14 octobre, donne le repère que les reprises appellent « pension moyenne » : 1 705 € brut par mois fin 2024 pour les retraités vivant en France, hors majoration pour trois enfants ou plus. Avec cette majoration, la moyenne monte à 1 752 € brut, soit 1 626 € net. [6] [7] Les écarts restent forts : 1 383 € pour les femmes, 2 186 € pour les hommes. [6]
Rapporté à cette moyenne, le minimum majoré complet en représente 53 %. Il ne vise pas à rapprocher les petites pensions de la moyenne, mais à éviter qu’une carrière complète au Smic débouche sur une retraite de base trop faible. La réforme de 2023 en a fait un objectif chiffré : 85 % du Smic net en pension totale, complémentaire comprise, pour une carrière complète à temps plein au salaire minimum. [5] Pour le haut de l’échelle, le maximum de la retraite de base, nous avons détaillé ce que change le nouveau plafond de la Sécurité sociale en 2027.

Le minimum concerne de moins en moins de nouveaux retraités. Au régime général, 17 % des retraites liquidées en 2024 ont été portées au minimum contributif, contre 25 % en 2015 et environ 45 % en 2008. [5] La Drees relie cette baisse à la règle de 2012 qui prend en compte toutes les retraites de la personne avant d’accorder le complément. Fin 2020, 37 % des retraités bénéficiaient d’un minimum de pension dans au moins un régime, les femmes bien plus souvent que les hommes. [5]
Nés avant 1964 et déjà retraités : votre minimum dépend de votre date de départ
Les montants de 756,29 € et 903,93 € ne valent que pour les retraites qui démarrent en 2026. Pour les personnes qui touchaient déjà le minimum, la hausse de 2026 est celle de toutes les retraites de base, soit 0,9 %, et non 1,18 %. [1] Une personne partie en 2025 avec le minimum majoré complet, 893,66 € à l’époque, perçoit ainsi 901,70 € depuis janvier : 2,23 € de moins qu’une personne dans la même situation partie cette année.
Ceux qui ont pris leur retraite avant le 1er septembre 2023 ont eu droit à une hausse spécifique prévue par la réforme, jusqu’à 100 € par mois, à condition d’avoir cotisé au moins 120 trimestres. Elle a été versée en deux vagues, en 2023 puis en septembre 2024, avec un rappel depuis septembre 2023 et un courrier aux personnes concernées, sans démarche à faire. [8] Selon la Drees, près de 1,3 million de retraités l’ont reçue, pour un gain moyen de 52 € brut par mois. Deux sur trois sont des femmes, avec un gain moyen de 58 €, contre 39 € pour les hommes. [5]
Comment vérifier que vous le touchez
Le minimum contributif est accordé automatiquement : il n’y a pas de demande séparée à remplir. [1] C’est la caisse qui le calcule en instruisant la demande de retraite, à partir des informations dont elle dispose, et le montant retenu figure sur la notification de retraite. [4] Trois points permettent de lever un doute :
- La notification de retraite. Si une ligne au titre du minimum contributif y figure, il est appliqué. Son absence ne veut pas toujours dire un refus : quand le complément calculé est inférieur au seuil d’avance, 135,58 € par mois en 2026, la caisse attend de connaître toutes vos retraites, puis envoie une nouvelle notification avec le montant dû depuis le départ. [3] [4]
- Les autres retraites. Tant qu’une complémentaire ou une retraite d’un autre régime, y compris à l’étranger, n’a pas été demandée, le droit au minimum reste fermé. Le demander tard retarde d’autant le complément. [4]
- Le total de vos retraites. S’il dépasse déjà 1 444,89 € brut pour un départ depuis juin 2026, ou 1 410,89 € pour un départ de janvier à mai, le complément est réduit ou supprimé. [2]
Une avance versée au départ peut aussi être corrigée plus tard. Quand le complément calculé dépasse le seuil, la caisse le verse sans attendre les autres retraites, puis le recalcule une fois toutes connues. Si le plafond est dépassé, un trop-perçu peut être réclamé. [4]

En cas de doute sur un montant, le relevé de carrière permet de vérifier les trimestres validés et cotisés retenus. C’est la caisse de retraite, la Carsat dans la plupart des régions, qui peut expliquer le calcul figurant sur la notification.
Sources et références
[1] Service-Public.fr (DILA) — « Pensions de retraite : quel est le montant du minimum contributif en 2026 ? », 12 février 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A15703
[2] Caisse nationale d'assurance vieillesse — Circulaire n° 2026-16 du 12 juin 2026, « Revalorisation du Smic au 1er juin 2026 et incidences en matière de législation vieillesse »
https://legislation.lassuranceretraite.fr/Pdf/circulaire_cnav_2026_16_12062026.pdf
[3] Caisse nationale d'assurance vieillesse — Circulaire n° 2025-33 du 23 décembre 2025, « Revalorisation du Smic au 1er janvier 2026 et incidences en matière de législation vieillesse »
https://legislation.lassuranceretraite.fr/Pdf/circulaire_cnav_2025_33_23122025.pdf
[4] Carsat Pays de la Loire — « Tout savoir sur le minimum contributif (Mico) », notice R467, juin 2025
https://www.carsat-pl.fr/files/live/sites/carsat-pl/files/pdf/retraites/R467-MICO.pdf
[5] Drees — « Les retraités et les retraites », édition 2026, fiche 08 « Les bénéficiaires d'un minimum de pension »
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2026-10/RR2026%20-%20Fiche%2008%20-%20Les%20b%C3%A9n%C3%A9ficiaires%20d%E2%80%99un%20minimum%20de%20pension.pdf
[6] Drees — « Les retraités et les retraites », édition 2026, fiche 05 « Le niveau des pensions »
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2026-10/RR2026%20-%20Fiche%2005%20-%20Le%20niveau%20des%20pensions.pdf
[7] Drees — « Les retraités et les retraites – Édition 2026 », Panoramas de la Drees, 14 octobre 2026
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/panoramas-de-la-drees/261014-les-retraites-et-les-retraites-edition-2026
[8] L'Assurance retraite — « Retraite minimale : versement de l'augmentation », 2024
https://www.lassuranceretraite.fr/portail-info/hors-menu/actualites-nationales/retraite/2024/retraite-minimale-versement-de-l.html
[9] Notre Temps — « À combien s'élève le minimum de retraite en 2026 ? », 20 janvier 2026, mis à jour le 9 février 2026
https://www.notretemps.com/retraite/ma-pension/a-combien-s-eleve-le-minimum-de-retraite-en-2026-127099
[10] Pleine Vie — « Retraite : les Français nés avant 1964 doivent toucher au moins cette pension par mois en 2026 », 24 octobre 2026
https://www.pleinevie.fr/retraite-travail/retraite/retraite-les-francais-nes-avant-1964-doivent-toucher-au-moins-cette-somme-par-mois-en-2026-bis-222084.html

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