Sur une pension de 1 500 € brut par mois, un retraité peut ne rien laisser en CSG, ou voir partir 136,50 € chaque mois, CRDS et Casa comprises. La différence ne tient ni au montant de la pension ni à la caisse qui la verse, mais à une seule ligne de l’avis d’impôt : le revenu fiscal de référence du foyer. Ce barème revient dans le débat depuis que la Drees, le service statistique des ministères sociaux, a comparé le 27 octobre la taxation des prestations sociales en France et dans l’Union européenne, à partir des données Eurostat de 2023 [1][2].
CSG sur la retraite en 2026 : quatre taux fixés par le revenu fiscal de référence
La CSG (contribution sociale généralisée) est retenue à la source par chaque caisse de retraite, sur le montant brut de la pension, majoration pour enfants comprise. En 2026, elle s’applique à l’un de ces quatre taux : 0 %, 3,8 %, 6,6 % ou 8,3 % [3]. Le taux ne dépend pas de la pension elle-même mais du revenu fiscal de référence de 2024, celui qui figure sur l’avis d’impôt reçu à l’été 2025, et du nombre de parts du foyer [4]. Deux petites contributions suivent la CSG : la CRDS, qui rembourse la dette de la Sécurité sociale, à 0,5 % dès le taux réduit, et la Casa, la contribution de solidarité pour l’autonomie, à 0,3 % seulement aux taux médian et normal [3].
Voici les seuils 2026 en métropole, pour une personne seule (une part) et pour un couple marié ou pacsé (deux parts) [3] :
- Exonération totale : revenu fiscal jusqu’à 13 048 € pour une part, 20 016 € pour deux parts. Ni CSG, ni CRDS, ni Casa.
- Taux réduit, 3,8 % : de 13 049 € à 17 057 € pour une part, de 20 017 € à 26 167 € pour deux parts. Avec la CRDS, la retenue atteint 4,3 %.
- Taux médian, 6,6 % : de 17 058 € à 26 471 € pour une part, de 26 168 € à 40 603 € pour deux parts. Avec la CRDS et la Casa, 7,4 %.
- Taux normal, 8,3 % : à partir de 26 472 € pour une part, 40 604 € pour deux parts. Avec la CRDS et la Casa, 9,1 %.
Une partie de cette CSG allège ensuite l’impôt sur le revenu : 5,9 points sur 8,3 sont déductibles au taux normal, 4,2 points sur 6,6 au taux médian, et la totalité au taux réduit [3]. Sur la retraite complémentaire Agirc-Arrco, une cotisation d’assurance maladie de 1 % s’ajoute [5].

Entre le taux réduit et le taux médian, un seuil qui coûte 46,50 € par mois
Pour une même pension de 1 500 € brut, la retenue est de 64,50 € par mois au taux réduit, 111 € au taux médian et 136,50 € au taux normal, d’après notre calcul sur le barème officiel. Le passage le plus sensible est celui du taux réduit au taux médian : la CSG gagne 2,8 points et la Casa apparaît, soit 46,50 € de moins chaque mois, 558 € sur l’année. Ce saut se produit d’un coup, dès que le revenu fiscal dépasse 17 057 € pour une personne seule, même d’un euro.
Un garde-fou existe pourtant. Pour passer au taux médian ou au taux normal, il faut avoir dépassé le seuil deux années de suite : si le revenu fiscal de 2024 franchit la limite, la caisse regarde aussi celui de 2023 avant d’augmenter le taux [4]. Une année exceptionnelle, avec par exemple une plus-value ou un rappel de pension, ne suffit donc pas à elle seule à changer de tranche. Le changement de taux n’apparaît pas toujours dès janvier : l’Agirc-Arrco, informée par l’administration fiscale, ajuste parfois ses versements en mars, avec une régularisation des premiers mois [4].


Pourquoi la Drees juge les retraites françaises peu taxées
L’étude de la Drees ne regarde pas un retraité en particulier, mais l’ensemble des sommes versées. En 2023, les impôts et prélèvements retenus directement sur les prestations sociales ont représenté 51,6 milliards d’euros, soit 5,8 % des 889,5 milliards versés, contre 9 % en moyenne dans l’Union européenne [2][6]. Ce taux global mélange des prestations très différentes : les remboursements de soins ou le RSA ne sont pas taxés, ce qui tire la moyenne française vers le bas [2].
Les retraites, elles, pèsent lourd : avec les pensions de réversion, elles fournissent 41 milliards d’euros de ces prélèvements, 78,9 % du total [2]. Leur taux de prélèvement moyen, impôt sur le revenu compris, est passé de 9,1 % en 2010 à 10,2 % en 2023, sous l’effet de la Casa créée en 2013 et du taux de CSG de 8,3 % créé en 2019 pour les pensions les plus élevées [2]. La comparaison européenne reste nette, comme le résume la Drees :
« Le taux de prélèvement moyen sur le risque vieillesse s’élève à 14,5 % dans l’UE. Il varie fortement d’un pays à l’autre : faible en Europe de l’Est, il dépasse 20 % dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest, du Nord ou du Sud. » [2]
L’Italie prélève ainsi 20,8 % sur ses pensions, le Danemark 24,5 % et les Pays-Bas 26 % [5]. En France, la CSG fournit à elle seule 56 % des prélèvements sur les prestations, devant l’impôt sur le revenu, 32 % [5]. Ces écarts ne disent pas tout du pouvoir d’achat des retraités : dans les pays du Nord, des pensions plus élevées sont souvent conçues pour être imposées, comme le montre ce que touche vraiment un retraité suédois face à un retraité français, et le classement mondial de Mercer place justement la France 3e sur 55 pays pour le niveau de ses pensions.
Pour un retraité, le chiffre moyen de 10,2 % compte moins que sa propre tranche : celui qui est exonéré ne paie rien, celui qui passe au taux normal laisse 9,1 % de sa pension brute avant même l’impôt sur le revenu. C’est ce barème à quatre marches, plus que la moyenne européenne, qui décide du montant versé sur le compte.

Budget 2027 : le barème de la CSG des retraités n’est pas en discussion
Les projets de budget pour 2027, présentés début octobre, demandent un effort aux retraités par la revalorisation des pensions et par l’impôt, mais ne prévoient pas de nouveau taux de CSG sur les retraites [7]. En 2027, c’est l’avis d’impôt reçu en 2026, sur les revenus de 2025, qui fixera le taux de chaque retraité, avec des seuils relevés en début d’année. Pour vérifier le sien, il suffit de comparer le revenu fiscal de référence de ses deux derniers avis d’impôt aux seuils de la liste ci-dessus [4].
Sources et références
[1] Drees — « La France parmi les pays d’Europe qui taxent le moins les prestations sociales », Études et résultats, 27 octobre 2026
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/261027-les-d%C3%A9penses-nettes-de-protection-sociale-dans-les-pays-de-union-europeenne
[2] BFM Business avec AFP — « Les prélèvements représentent 5,8 % du montant versé contre 9 % dans l’UE : la taxation des prestations sociales a augmenté en France mais reste faible par rapport à nos voisins », 27 octobre 2026
https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/finances-publiques/les-prelevements-representent-5-8-du-montant-verse-contre-9-dans-l-ue-la-taxation-des-prestations-sociales-a-augmente-en-france-mais-reste-faible-par-rapport-a-nos-voisins_AD-202610270632.html
[3] CNRACL, documentation juridique — « CSG/CRDS/CASA - Taux et seuils sur les pensions dues en 2026 », 15 décembre 2025
https://www.juris-cnracl.retraites.fr/paiement-suivi-de-la-pension/le-paiement-de-la-pension/cotisations-sociales/csg/crds/casa/csg/crds/casa-taux-et-seuils-sur-les-pensions-dues-en-2026
[4] Tout Sur Mes Finances — « CSG des retraités en 2026 : taux normal, intermédiaire ou réduit, qui est exonéré »
https://www.toutsurmesfinances.com/impots/csg-des-retraites.html
[5] Planet.fr — « Prestations sociales : la France fait partie des pays européens qui les taxent le moins », 27 octobre 2026
https://www.planet.fr/prestations-sociales-la-france-fait-partie-des-pays-europeens-qui-les-taxent-le-moins.3000044.817027.html
[6] Le Figaro avec AFP — « La taxation des prestations sociales augmente en France mais reste faible à l’échelle européenne », 27 octobre 2026
https://www.lefigaro.fr/flash-eco/la-taxation-des-prestations-sociales-augmente-en-france-mais-reste-faible-a-l-echelle-europeenne-20261027
[7] CFDT Retraités — « Les retraites malmenées par les mesures des projets de loi pour 2027 », 23 octobre 2026
https://www.xn--cfdt-retraits-mhb.fr/Mesures-retraites-PLFSS-et-PLF-2027

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