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L’héritage des baby-boomers n’a pas encore fait plier le prix des maisons, qui a même gagné 6,2 % en quatre ans dans les départements les plus âgés de France

L’héritage des baby-boomers ferait chuter le prix des maisons d’ici 2040, à en croire les palmarès de communes « menacées » publiés cet automne. Les chiffres de l’Insee et des notaires décrivent une vague plus lente : selon nos calculs, la hausse des décès ajouterait environ 32 000 ventes de logements par an en 2040, et les maisons ont pris de la valeur ces quatre dernières années là où les personnes âgées sont les plus nombreuses.

En vidéo : 29 % des logements hérités sont vendus dans les trois ans, et le prix des maisons a gagné 6,2 % en quatre ans dans les dix départements les plus âgés.
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Le scénario circule depuis l’été : à la mort des baby-boomers, nés entre 1946 et 1964, des centaines de milliers de maisons arriveraient d’un coup sur le marché et feraient plonger les prix, d’abord dans les campagnes vieillissantes. Un palmarès de 1 000 communes « menacées », publié fin octobre par Le Figaro Immobilier [1], a relancé l’inquiétude, reprise par franceinfo le 3 novembre [2]. Pour celui qui doit vendre la maison d’un parent, la question est plus terre à terre : faut-il se dépêcher avant que la vague n’arrive ?

Héritage des baby-boomers : combien de logements changent vraiment de mains

L’Insee a suivi pour la première fois tous les logements anciens transmis en France, hors Alsace, Moselle et Mayotte, entre 2018 et 2023, à partir des fichiers fonciers de l’administration fiscale [3]. Chaque année, 519 000 logements sont hérités, dont 76 000 revendus dans l’année même de la succession, et 183 000 sont donnés du vivant de leur propriétaire. 411 000 propriétaires meurent chaque année, soit 63 % des décès. Le défunt a en moyenne 78 ans et l’héritier 54 ans : dans le cas le plus fréquent, un propriétaire de 81 à 90 ans laisse son logement à des héritiers de 51 à 60 ans, le plus souvent ses enfants.

Ces héritiers ont déjà un toit. 63 % d’entre eux étaient propriétaires avant l’héritage, et 70 % possèdent plusieurs logements après [3]. C’est ce qui nourrit la crainte de ventes en série : la maison du parent devient un bien en trop, que l’on revend.

Trois ans après la succession, moins d’un logement hérité sur trois a été vendu

Le chiffre de « 70 % d’héritiers qui revendent », avancé par un agent immobilier et repris dans plusieurs articles, ne correspond pas à ce que mesure l’Insee. Parmi les logements hérités en 2018, 29 % avaient été vendus par l’ensemble des héritiers trois ans plus tard [3]. Les autres étaient restés dans la famille ou loués :

  • 19 % toujours habités par l’occupant d’avant le décès, le plus souvent le conjoint survivant ;
  • 16 % loués comme résidence principale ;
  • 15 % habités par l’un des héritiers ;
  • 11 % devenus résidence secondaire ;
  • 8 % vacants, une catégorie qui regroupe les logements en vente, ceux qui attendent le règlement de la succession et ceux que personne n’occupe.

Le premier chiffre compte pour qui pense vendre « la maison de maman ». Dans un couple, le premier décès libère rarement la maison : le veuf ou la veuve y reste, et la question de la vente se pose surtout au décès du second parent. Le calendrier d’une vente se lit donc dans l’âge du dernier parent vivant, pas dans celui de toute une génération.

La « grande transmission » ajouterait environ 32 000 ventes par an en 2040, selon nos calculs

Les décès vont augmenter, c’est acquis : 651 000 en 2025, environ 789 000 en 2040 et 822 000 en 2045 dans le scénario central des projections de population publiées par l’Insee en juin [4]. Par rapport à la période sur laquelle l’Insee a mesuré les héritages, cela représente 21 % de décès en plus en 2040.

Une femme aux cheveux gris coupés court, gilet vert foncé, signe au stylo une épaisse liasse de formulaires posée sur une nappe en dentelle, près d’un trousseau de vieilles clés à étiquette en laiton, de lunettes pliées et d’un portrait en noir et blanc d’une vieille dame, à la lumière d’une lampe devant une fenêtre bleutée au crépuscule.

Nous avons appliqué cette hausse aux logements hérités, en gardant les comportements observés. Environ 628 000 logements seraient hérités chaque année en 2040, 109 000 de plus qu’aujourd’hui. Si les héritiers en revendaient 29 % dans les trois ans, comme ceux de 2018, le marché compterait environ 32 000 ventes de plus par an, soit 2,8 % des 1,13 million de logements anciens vendus chaque année. Même dans l’hypothèse extrême où chaque logement hérité en plus serait vendu, l’apport resterait sous 10 % du marché.

Ce calcul garde constants la part de propriétaires parmi les défunts et le comportement des héritiers, et la hausse des décès se prolongera après 2040. Il rejoint pourtant l’estimation des notaires. Le Conseil supérieur du notariat chiffre à environ 6 200 milliards d’euros le patrimoine susceptible d’être transmis entre 2025 et 2040, dont 3 096 milliards au décès, mais il prévoit une hausse de moins de 30 % du flux annuel de successions par rapport à 2018-2024 [5]. Une vague, donc, étalée sur quinze ans, pas une déferlante d’un seul coup.

Dans les départements les plus âgés, le prix des maisons a monté en quatre ans

Si l’âge des habitants faisait déjà baisser les prix, cela se verrait là où les 75 ans ou plus sont les plus nombreux. Nous avons croisé la part des 75 ans ou plus au 1er janvier 2026, publiée par l’Insee [6], avec les ventes de maisons enregistrées par l’administration fiscale dans les Demandes de valeurs foncières (DVF) [7]. La comparaison porte sur les douze mois de juillet 2025 à juin 2026 et sur les mêmes mois de 2021-2022.

Dans les dix départements les plus âgés, du Lot à la Corrèze, où 15 à 17 % des habitants ont 75 ans ou plus, le prix médian au m² des maisons a progressé de 6,2 % en moyenne, sans aucune baisse. La Creuse, souvent citée parmi les territoires menacés, affiche la plus forte hausse : +12,8 %, à 856 € le m². À l’inverse, dans les dix départements les plus jeunes, dont sept en Île-de-France, le prix a reculé de 6,3 % en moyenne. Sur l’ensemble de la France, il a gagné 2,8 %, pendant que le nombre de maisons vendues chutait de près d’un quart.

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Infographie : évolution du prix médian au m² des maisons entre juillet 2021-juin 2022 et juillet 2025-juin 2026. Dans les 10 départements les plus âgés, moyenne +6,2 % : Lot +4,2 %, Creuse +12,8 %, Nièvre +1,9 %, Dordogne +5,2 %, Cantal +10,4 %, Indre +7,1 %, Charente-Maritime +4,0 %, Allier +9,4 %, Gers +3,6 %, Corrèze +3,7 %. Dans les 10 plus jeunes, moyenne −6,3 % : Haute-Savoie +5,1 %, Haute-Garonne −2,9 %, Oise −3,7 %, Yvelines −7,1 %, Hauts-de-Seine −13,4 %, Val-de-Marne −11,0 %, Essonne −8,4 %, Seine-et-Marne −5,3 %, Val-d’Oise −8,0 %, Seine-Saint-Denis −8,7 %. Encadré : 29 % des logements hérités sont vendus dans les trois ans ; avec 21 % de décès en plus en 2040, environ 32 000 logements hérités de plus seraient vendus chaque année, soit 2,8 % des 1,13 million de logements anciens vendus par an.
Dans les dix départements où les 75 ans ou plus sont les plus nombreux, le prix médian au m² des maisons a gagné 6,2 % en moyenne en quatre ans, quand il reculait de 6,3 % dans les dix plus jeunes. Infographie : ADAG, d’après DVF et l’Insee, calculs de la rédaction.

Ces chiffres ne disent pas que l’âge protège un marché. Les maisons des départements les plus âgés coûtent en moyenne 1 420 € le m², contre 3 850 € dans les plus jeunes, et ce sont les marchés chers qui ont reculé ces quatre dernières années. Ils montrent surtout que la vague des successions n’a pas encore pesé sur les prix. Elle pèsera, le jour venu, à l’échelle d’un bourg plus que d’un département : une maison ancienne et mal isolée trouvera moins d’acheteurs dans une commune qui perd des habitants, quand plusieurs successions du même village arrivent sur le marché la même année.

Maison d’un parent : où en sont les prix dans votre département ?
Choisissez le département où se trouve la maison : l’outil affiche la part des habitants de 75 ans ou plus, le prix médian des maisons vendues sur les douze derniers mois et son évolution en quatre ans.
Creuse2e plus âgé sur 97
Creuse : 16,2 % des habitants ont 75 ans ou plus (France : 11,1 %), un des 10 départements les plus âgés de France. Le prix médian des maisons vendues y tourne autour de 856 € le m² sur les douze derniers mois, en hausse de 12,8 % par rapport à il y a quatre ans, alors que le nombre de ventes a reculé de 23,9 %. À ce prix, une maison de 100 m² se négocierait autour de 86 000 €.
Part des 75 ans ou plus : Insee, estimations de population au 1er janvier 2026 (provisoires). Prix et ventes : DGFiP, demandes de valeurs foncières, « Statistiques DVF » publiées sur data.gouv.fr (mise à jour du 21 octobre 2026) ; prix au m² des maisons = médianes mensuelles pondérées par le nombre de ventes, de juillet 2025 à juin 2026, comparées à juillet 2021-juin 2022. Le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Moselle et Mayotte n’ont pas de données DVF. Ces chiffres décrivent le marché d’un département entier, pas la valeur d’une maison précise : l’état du bien, son diagnostic énergétique et sa commune pèsent davantage. L’âge des habitants ne prédit pas à lui seul l’évolution des prix. Calculs : ADAG.

Vendre la maison d’un parent : ce qui pèse plus que la démographie

Pour un héritier, le moment de la vente dépend moins de la courbe des décès que de trois règles très concrètes, qui jouent dès la succession.

La valeur déclarée à la succession devient le prix d’achat

La valeur de la maison inscrite dans la déclaration de succession sert à calculer les droits. Elle devient ensuite le prix d’acquisition retenu pour l’impôt sur la plus-value si les héritiers revendent [8]. Surévaluer la maison fait payer des droits pour rien ; la sous-évaluer les allège, mais gonfle la plus-value imposable au moment de la vente. Or plus de 60 % des successions traitées par les notaires ne donnent lieu à aucun droit [5] : pour beaucoup de familles, une estimation trop basse ne fait rien gagner et ne coûte qu’à la revente. Une vente rapide, à un prix proche de la valeur déclarée, ne laisse presque aucun gain à taxer. Cette déclaration doit être déposée dans les six mois qui suivent le décès, et un retard au-delà de douze mois coûte plus cher que les seuls intérêts.

Entre frères et sœurs, la vente exige l’accord de tous

Tant que la succession n’est pas partagée, les héritiers sont en indivision, et vendre la maison demande leur unanimité [9]. Ceux qui détiennent au moins deux tiers des droits peuvent exprimer leur intention de vendre devant un notaire, puis demander au tribunal judiciaire d’autoriser la vente, qui se fait alors aux enchères [10]. Cette voie est fermée quand la propriété est démembrée, par exemple lorsque le conjoint survivant a gardé l’usufruit de la maison : il faut alors l’accord de tous, ou attendre.

Un homme et une femme d’une cinquantaine d’années, en manteau, se tiennent devant le portail rouillé d’une vieille maison en pierre aux volets bleus fermés, dans un jardin couvert de feuilles mortes ; elle serre une chemise cartonnée contre elle et lui parle.
Devant la maison familiale aux volets clos, un frère et une sœur hésitent à la vendre. Tant que la succession n’est pas partagée, la vente exige l’accord de tous les héritiers, sauf autorisation du tribunal demandée par ceux qui détiennent deux tiers des droits. Image d’illustration.

Une maison classée E, F ou G se vend avec un audit énergétique

Le vendeur d’une maison individuelle classée E, F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) doit faire réaliser un audit énergétique et le remettre à l’acheteur dès la première visite, au plus tard à la promesse de vente [11], [12]. L’obligation, appliquée depuis le 1er avril 2023 aux classes F et G puis depuis le 1er janvier 2025 à la classe E, gagnera la classe D en 2034 [13]. Dans les outre-mer, seules les classes F et G sont concernées jusqu’en 2028. L’audit, valable cinq ans, propose au moins deux parcours de travaux chiffrés avec les aides mobilisables : l’acheteur aura ce devis en main au moment de négocier. Ce sont précisément ces maisons anciennes, chères à chauffer, que les palmarès de la « grande transmission » placent en tête des biens exposés.

La main âgée d'un homme portant une alliance glisse une vieille clé en fer dans la serrure d'une porte en bois bleu écaillé, sous un soleil rasant de fin d'après-midi.

Donnés du vivant, les logements restent encore plus souvent dans la famille

Une partie de la vague ne passera jamais par une mise en vente. Selon les notaires, 27,2 % des successions ont été précédées d’au moins une donation, et la première donation, faite en moyenne à 64 ans, porte sur environ 300 000 euros [5]. Pour les logements, l’effet est net : trois ans après une donation, seuls 5 % des logements donnés avaient été vendus, contre 29 % des logements hérités, et 30 % étaient loués comme résidence principale [3].

Sources et références

[1] Le Figaro Immobilier — « Héritage des baby-boomers : ces villes où le choc démographique va faire chuter les prix immobiliers », 28 octobre 2026
https://immobilier.lefigaro.fr/article/heritage-des-baby-boomers-ces-villes-ou-le-choc-demographique-va-faire-chuter-les-prix-immobiliers-20261028

[2] franceinfo — « Immobilier : une baisse des prix avec la fin de la génération du baby-boom ? », 3 novembre 2026
https://www.franceinfo.fr/economie/immobilier/immobilier-une-baisse-des-prix-avec-la-fin-de-la-generation-du-baby-boom_8266262.html

[3] Insee — « Les héritiers d’un bien immobilier ont en moyenne 54 ans, les bénéficiaires d’une donation en ont 48 », Insee Analyses n° 125, 6 octobre 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/9061645

[4] Insee — « Projections de population à l’horizon 2070 : une population plus âgée qu’en 2026, et probablement moins nombreuse », Insee Première n° 2108, juin 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/9004289

[5] Conseil supérieur du notariat — « Rapport “Grande Transmission” : étude du Conseil supérieur du notariat », communiqué du 22 septembre 2026
https://presse.notaires.fr/la-grande-transmission-etude-du-conseil-superieur-du-notariat/?lang=fr

[6] Insee — « Estimations de population par sexe et âge au 1er janvier 2026 : comparaisons régionales et départementales », janvier 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/2012692

[7] data.gouv.fr — « Statistiques DVF » (demandes de valeurs foncières de la DGFiP, indicateurs mensuels par département), mise à jour du 21 octobre 2026
https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/statistiques-dvf/

[8] Service-Public — « Impôt sur le revenu - Plus-value immobilière », fiche F10864
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F10864

[9] Service-Public — « Succession : indivision entre les héritiers », fiche F1296
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1296

[10] Légifrance — Code civil, article 815-5-1
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039367468

[11] Service-Public — « Audit énergétique en cas de vente d’un bien immobilier dit “passoire thermique” », fiche F37110
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F37110

[12] Ministère de l’Économie — « Tout savoir sur l’audit énergétique », 11 juillet 2025
https://www.economie.gouv.fr/particuliers/investir-dans-limmobilier/tout-savoir-sur-laudit-energetique

[13] Service-Public — « Ventes immobilières : les nouvelles règles de l’audit énergétique », actualité A17307
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A17307

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