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Une maison de campagne jamais louée peut priver un veuf de sa pension de réversion de base, car l’Assurance retraite lui prête un revenu égal à 3 % de sa valeur

Pour accorder la pension de réversion de base, l’Assurance retraite ajoute aux ressources du veuf ou de la veuve un revenu fictif de 3 % de la valeur de ses biens, hors résidence principale. Une résidence secondaire ou un studio peut ainsi faire dépasser le plafond 2026 de 25 001,60 € par an pour une personne seule, même sans aucun loyer perçu.

La main âgée d'un homme portant une alliance glisse une vieille clé en fer dans la serrure d'une porte en bois bleu écaillé, sous un soleil rasant de fin d'après-midi.
Une clé dans la serrure d'une maison de campagne. Pour la pension de réversion de base, l'Assurance retraite compte un bien de ce type, loué ou non, comme un revenu égal à 3 % de sa valeur chaque année. Image d'illustration.

Des veufs et des veuves aux revenus modestes se voient refuser la pension de réversion versée par l’Assurance retraite, la caisse de retraite de base des salariés du privé. La cause se trouve souvent dans leur patrimoine : une résidence secondaire ou un logement loué peut suffire à faire dépasser le plafond de ressources, a rappelé Pleine Vie le 29 octobre [1]. La règle ne regarde pas ce que le bien rapporte vraiment, mais ce qu’il vaut.

Le formulaire prérempli du 3960 et le délai d’un an pour ne perdre aucun mois de réversion sont détaillés dans notre article du 28 octobre. Celui-ci porte sur l’autre filtre de la demande, souvent mal compris : les ressources que la caisse additionne avant de dire oui, de réduire la réversion ou de la refuser.

Pension de réversion de base : un plafond de 25 001,60 € par an pour une personne seule

En 2026, la réversion de l’Assurance retraite n’est accordée que si les ressources annuelles brutes du demandeur restent sous 25 001,60 € pour une personne seule, ou sous 40 002,56 € pour un couple [5][6]. Ces montants valent 2 080 fois et 3 328 fois le Smic horaire du 1er janvier [7]. Le plafond « couple » s’applique dès que le demandeur vit de nouveau à deux : les ressources du nouveau compagnon sont alors additionnées aux siennes [2].

Entrent dans le calcul les retraites personnelles, de base et complémentaires, pour leur montant brut avant cotisations [3]. Les revenus d’activité ne comptent qu’à 70 % [6]. En revanche, la réversion versée par l’Agirc-Arrco n’entre pas dans le total, pas plus que les revenus du conjoint décédé [6]. La caisse examine en principe les trois mois qui précèdent la date de départ de la réversion, et les douze mois si les ressources de ces trois mois dépassent le quart du plafond [6].

Le plafond ne joue pas seulement au moment d’ouvrir le droit. Si la réversion ajoutée aux ressources le dépasse, elle est réduite d’autant pour que le total reste sous la barre [6].

Le revenu fictif de 3 % : comment une maison ou un studio s’ajoutent aux ressources

Pour les biens, la caisse ne retient ni le loyer ni la valeur cadastrale. Le règlement de l’Assurance retraite prévoit que les biens mobiliers et immobiliers du demandeur sont censés lui procurer un revenu fictif annuel égal à 3 % de leur valeur vénale, c’est-à-dire leur prix de vente estimé à la date de la demande [3]. Ce revenu est compté « même si la résidence secondaire en question est en location pour un loyer différent ou si elle n’est tout simplement pas louée », précise Valérie Batigne, présidente du cabinet Sapiendo Retraite, citée par Pleine Vie [1].

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La règle ne vise pas que la pierre. Toute somme qui a le caractère d’un capital est traitée de la même façon : épargne, prix de vente d’un bien, capital d’une vente en viager [3]. Pour un bien en indivision, seule la part du demandeur est retenue ; un usufruitier ou un nu-propriétaire est évalué sur sa part, calculée d’après son âge selon le barème fiscal [3].

Infographie : pour une veuve seule avec 1 500 € de retraite brute par mois et une réversion de base de 500 € par mois, la réversion est versée en entier sans autre bien que la résidence principale, réduite à 208,47 € par mois avec un studio de 150 000 € (revenu fictif de 4 500 € par an), et supprimée avec une maison de 250 000 € (7 500 € par an), au-delà du plafond 2026 de 25 001,60 €. En dessous, deux listes : ce qui est compté à 3 % de la valeur et ce qui ne l’est jamais.
Avec la même retraite, un studio réduit la réversion de base de plus de moitié et une maison de campagne la supprime, quand la résidence principale et les biens du couple ne comptent pas. Infographie : ADAG, d’après L’Assurance retraite et Service-Public.fr, calculs de la rédaction.

Prenons une veuve qui vit seule avec 1 500 € brut de retraite par mois, soit 18 000 € par an, et dont la réversion de base est estimée à 500 € par mois. Selon ce qu’elle possède en plus de sa résidence principale, le résultat change du tout au tout [3][5][6] :

Patrimoine en plus de la résidence principaleRessources retenues par anRéversion de base versée
Aucun autre bien18 000 €500 € par mois, en entier
Studio estimé à 150 000 €22 500 € (dont 4 500 € de revenu fictif)208,47 € par mois
Maison de campagne estimée à 250 000 €25 500 € (dont 7 500 € de revenu fictif)Rien : plafond dépassé

Avec ce niveau de retraite, la réversion commence à baisser dès que les biens comptés dépassent environ 33 400 €, et le droit disparaît au-delà d’environ 233 400 €. Le studio de l’exemple coûte donc 291,53 € de réversion chaque mois, soit près de 3 500 € par an, sans rapporter un euro de plus s’il reste vide.

Pension de réversion de base : votre maison ou votre épargne vous font-elles dépasser le plafond ?
Indiquez vos revenus bruts et la valeur des biens que la caisse retient. L’outil applique le plafond 2026 de l’Assurance retraite et le revenu fictif de 3 % par an sur ces biens.
Biens à ne pas compter : votre résidence principale (la partie que vous habitez), les biens du couple issus de la communauté, ceux qui appartenaient au défunt ou que vous avez reçus à son décès, l’assurance vie et le capital décès versés à son décès, l’exploitation agricole. Un bien donné à un enfant depuis moins de 5 ans compte pour sa valeur entière, entre 5 et 10 ans pour moitié (1,5 %). Les revenus d’activité comptent à 70 %, la réversion Agirc-Arrco ne compte pas. Plafonds 2026 : 25 001,60 € par an seul, 40 002,56 € en couple (circulaire Cnav 2025/33). La caisse examine en général les 3 ou 12 derniers mois. Estimation indicative : la décision de votre caisse fait foi. Mise en forme : ADAG.
Dans une maison de campagne fermée, des meubles couverts de draps blancs, traversés par les rais de soleil qui passent entre les volets clos.
Une maison fermée qui ne rapporte rien peut peser plus lourd qu'une petite retraite : pour la pension de réversion, c'est la valeur du bien qui compte, pas le loyer. Image d'illustration.

Résidence principale, biens du couple, héritage : ce que la caisse laisse de côté

Le revenu fictif ne frappe pourtant pas tous les propriétaires. Le logement que l’on habite à titre de résidence principale n’est jamais compté ; si une partie est louée à un tiers, seule la partie occupée par le demandeur et sa famille échappe au calcul [4].

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Surtout, l’Assurance retraite écarte les biens liés au mariage. Une maison n’est pas prise en compte si elle est issue de la communauté ou si elle provient du décès du conjoint [2]. Le règlement exclut de même les biens propres du défunt, ceux reçus à son décès, ceux rachetés plus tard avec leur prix, ainsi que l’assurance vie et le capital décès versés au conjoint survivant [4][6]. Les bâtiments et terres d’une exploitation agricole sont aussi laissés de côté [4].

La résidence secondaire achetée pendant un mariage sous le régime de la communauté, celui des couples mariés sans contrat, échappe donc au revenu fictif. Ceux qui risquent vraiment un refus sont les veufs propriétaires de biens personnels : un logement acquis avant le mariage, hérité de leurs propres parents, acheté seul sous un régime de séparation de biens, ou acquis après le décès. C’est la vérification à faire avant de renoncer à demander la réversion par crainte d’être « trop riche ».

Une femme aux cheveux gris, en gilet bleu marine, téléphone à l’oreille, remplit au stylo un formulaire posé sur la table de sa cuisine, à côté d’une pile de dossiers, de lunettes et d’une tasse ; une photo de mariage encadrée est posée sur le buffet derrière elle.

Donner un bien à ses enfants ne le fait pas sortir du calcul

Céder un studio à ses enfants juste avant la demande ne règle rien. Un bien donné à un descendant reste compté à 3 % de sa valeur actuelle si la donation date de moins de 5 ans, et à 1,5 % si elle remonte à 5 à 10 ans [3]. Donné à une autre personne dans les 10 ans, il est même censé rapporter 11,797 % de sa valeur, le taux d’une rente viagère [3]. Seule une donation faite à un enfant après l’attribution de la réversion ne modifie plus le revenu fictif déjà retenu [3].

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L’Agirc-Arrco verse sa réversion sans regarder le patrimoine

Le revenu fictif ne concerne que les régimes de base du privé. La retraite complémentaire des salariés, l’Agirc-Arrco, comme les régimes de la fonction publique, versent leur réversion sans aucune condition de ressources [1]. Un refus de l’Assurance retraite ne ferme donc pas la réversion complémentaire, qui se demande aussi.

Un homme âgé aux cheveux blancs, gilet gris sur une chemise à carreaux, se tient devant la porte ouverte d'une maison de village en pierre aux volets verts, une enveloppe à la main, dans la lumière d'une fin d'après-midi d'automne.

La réversion de base, elle, reste révisable tant que les ressources varient : elle est recalculée à la hausse, à la baisse ou suspendue, jusqu’à trois mois après l’obtention de toutes les retraites personnelles, ou jusqu’à l’âge légal de départ pour qui n’a pas de retraite personnelle [2][6]. Passé cette date, son montant est figé, quels que soient les biens achetés ou vendus ensuite.

Sources et références

[1] Pleine Vie — « Les retraités propriétaires d’un bien immobilier peuvent être privés de pension de réversion à cause de leur maison », 29 octobre 2026
https://www.pleinevie.fr/retraite-travail/retraite-ma-retraite-facile/les-proprietaires-retraites-peuvent-etre-prives-de-pension-de-reversion-a-cause-de-leur-bien-immobilier-217137.html

[2] L’Assurance retraite — Questions fréquentes, « La retraite de réversion : les ressources »
https://faq.lassuranceretraite.fr/categories/5/56

[3] L’Assurance retraite — Législation, « Évaluation des ressources » (retraite de réversion)
https://legislation.lassuranceretraite.fr/#/expose?file_leaf_ref=retraite_reversion_ressource_evaluation_ressource_ex.aspx

[4] L’Assurance retraite — Législation, « Ressources exclues pour la retraite de réversion »
https://legislation.lassuranceretraite.fr/#/bareme?file_leaf_ref=retraite_reversion_ressource_exclue_retraite_reversion_list.aspx

[5] L’Assurance retraite — Barème « Plafond de ressources pour la retraite de réversion », circulaire Cnav 2025/33 du 23 décembre 2025
https://legislation.lassuranceretraite.fr/#/bareme?file_leaf_ref=retraite_reversion_plafond_ressource_bar.aspx

[6] Service-Public.fr (DILA) — « Pension de réversion de l’Assurance retraite », fiche F13104
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F13104

[7] Tout sur mes finances — « Retraite de réversion : un formulaire prérempli pour simplifier les démarches »
https://www.toutsurmesfinances.com/actualites/a/retraite-de-reversion-un-formulaire-prerempli-pour-simplifier-les-demarches

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