La pension d’invalidité de la Sécurité sociale ne dure pas toute la vie. Elle prend fin à 62 ans et l’Assurance retraite verse à sa place, dès le premier jour du mois suivant l’anniversaire, une retraite pour inaptitude au travail [2]. L’invalidité dispense de l’examen médical qui reconnaît d’ordinaire cette inaptitude, et la retraite est calculée au taux maximum de 50 %, sans décote, quel que soit le nombre de trimestres [3].
Ce taux plein rassure à tort. Il fixe un pourcentage, pas un montant, et la retraite qui remplace la pension peut être nettement plus basse, comme l’a rappelé un exemple chiffré publié par JeChange le 28 octobre [1]. Le Code de la sécurité sociale est plus net encore : la pension de vieillesse substituée à une pension d’invalidité « ne peut être inférieure au montant de l’allocation aux vieux travailleurs salariés » [5], soit 338,31 € par mois en 2026 [6]. Le maintien du montant de la pension d’invalidité n’est prévu que pour les pensions liquidées avant le 31 mai 1983 [5].
Pension d’invalidité et retraite pour inaptitude : deux calculs qui ne regardent pas la même carrière
La baisse ne vient ni d’une sanction ni d’une erreur de la caisse. Les deux prestations reposent sur des formules différentes, qui ne retiennent pas les mêmes années de salaire :
- Les années retenues. La pension d’invalidité se calcule sur les 10 meilleures années de salaire [4], la retraite de base sur les 25 meilleures. Les années d’invalidité ne comportent pas de salaire : quand la carrière s’est arrêtée tôt, la moyenne de la retraite va chercher des années de début de carrière, souvent plus faibles.
- Le pourcentage. L’invalidité verse 30 % du salaire moyen en catégorie 1, pour une personne encore capable de travailler, et 50 % en catégorie 2, pour une personne qui ne peut plus exercer d’activité [4]. La retraite applique 50 % dans tous les cas.
- Les trimestres. La retraite est multipliée par le rapport entre les trimestres validés et la durée exigée pour la génération : 170 trimestres pour les personnes nées en 1964, qui ont 62 ans cette année [9]. La pension d’invalidité ignore cette règle.
Les trimestres passés en invalidité comptent dans ce rapport, comme trimestres assimilés, sans cotisation. Ils bouchent les trous de la carrière, mais ne comptent pas comme des trimestres travaillés, ce qui pèse plus loin sur le minimum de pension.

Quatre profils chiffrés : en catégorie 2, la retraite rattrape rarement la pension
Pour mesurer l’écart, notre rédaction a appliqué les barèmes 2026 à quatre profils de personnes nées en 1964, en montants bruts mensuels. Les salaires moyens sont ceux qu’indiqueraient la notification d’invalidité et l’estimation retraite.
| Profil | Pension d’invalidité | Retraite de base à 62 ans | Écart |
|---|---|---|---|
| Catégorie 2, salaire moyen de 2 200 € sur 10 ans et 1 800 € sur 25 ans, 130 trimestres | 1 100,00 € | 688,24 € | −411,76 € (−37 %) |
| Même profil, avec les 170 trimestres | 1 100,00 € | 900,00 € | −200,00 € (−18 %) |
| Catégorie 1, mêmes salaires, 130 trimestres | 660,00 € | 688,24 € | +28,24 € (+4 %) |
| Catégorie 2, salaire moyen de 1 400 € sur 10 ans et 1 100 € sur 25 ans, 110 trimestres dont 70 cotisés | 700,00 € | 489,36 € | −210,64 € (−30 %) |
Le deuxième profil isole l’effet le plus méconnu. Même avec tous ses trimestres, cet invalide de catégorie 2 perd 200 € par mois, uniquement parce que la retraite fait la moyenne de 25 années au lieu de 10. Comme la moyenne des 25 meilleures années ne peut pas dépasser celle des 10 meilleures, à salaires comparables, la retraite de base d’un invalide de catégorie 2 n’égale sa pension que si ses salaires sont restés stables et qu’il a tous ses trimestres. Seuls les minimums de pension, présentés plus bas, peuvent changer ce résultat pour les très petits salaires.
La catégorie 1 suit une logique inverse. Sa pension ne vaut que 30 % du salaire moyen, alors que la retraite en applique 50 % : avec les mêmes salaires, la retraite dépasse la pension dès 125 trimestres sur 170. Pour ces invalides encore capables de travailler, le passage à 62 ans peut se traduire par une petite hausse.

Le calculateur ci-dessous reprend ces règles avec vos propres chiffres : montant de la pension d’invalidité, salaire moyen des 25 meilleures années et trimestres inscrits sur le relevé de carrière.

Le minimum contributif relève les petites retraites, sans effacer la baisse
Parce qu’elle est versée au taux plein, la retraite pour inaptitude ouvre droit au minimum contributif. En 2026, il vaut 756,29 € par mois pour une carrière qui compte tous les trimestres exigés, plus une majoration de 147,64 € réservée aux assurés qui ont au moins 120 trimestres cotisés [7]. Il est réduit en proportion des trimestres validés.
Dans le quatrième profil, le calcul donne 355,88 €. Le minimum, ramené à 110 trimestres sur 170, le porte à 489,36 €, soit 133,48 € de plus. Avec 70 trimestres travaillés, la majoration reste hors d’atteinte : les trimestres d’invalidité, assimilés, n’entrent pas dans ce seuil de 120. Ce complément n’est versé qu’une fois toutes les retraites obtenues, et il est réduit si le total des retraites de base et complémentaires dépasse 1 444,89 € par mois depuis le 1er juin 2026 [8].
Le plancher de 338,31 € fixé par la loi ne joue donc que pour les carrières très courtes ou très mal payées. Il correspond, en 2026, au montant minimal de la pension d’invalidité elle-même [6] : pour les plus petites pensions, le passage à la retraite ne fait pas descendre sous ce seuil.
Avant 62 ans : demander la retraite, ou garder la pension en travaillant
Le remplacement se fait de lui-même, mais l’Assurance retraite demande tout de même de lui transmettre une demande de retraite pour que la retraite pour inaptitude soit versée [2]. C’est le moment de contrôler le relevé de carrière : chaque trimestre d’invalidité doit y figurer, car il entre dans le rapport qui fixe le montant.
Deux situations repoussent le passage. Un invalide qui exerce une activité professionnelle et ne demande pas sa retraite à 62 ans continue de toucher sa pension d’invalidité jusqu’à l’arrêt de son activité, au plus tard jusqu’à l’âge du taux plein automatique [2]. La retraite qu’il demandera ensuite ne peut pas être inférieure à celle qu’il aurait obtenue à 62 ans [5]. Un demandeur d’emploi peut aussi, sous conditions, garder sa pension jusqu’à six mois après ses 62 ans [2].
Les invalides de catégorie 3 touchent en plus une majoration pour tierce personne. À la retraite, une majoration du même type peut être attribuée, sous conditions, à ceux qui ont besoin d’une aide constante pour les actes ordinaires de la vie [2].

Quand la baisse laisse des ressources très faibles, des allocations de solidarité prennent le relais. Sous 1 043,59 € de ressources par mois pour une personne seule, et 1 620,18 € pour un couple marié, l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) ou l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), selon l’âge, peut compléter la retraite [6]. Aucune des deux n’est automatique : il faut en faire la demande, au besoin en même temps que la demande de retraite [10].
Sources et références
[1] JeChange — « Pourquoi la retraite qui remplace une pension d’invalidité à 62 ans peut être plus basse malgré le taux plein », 28 octobre 2026
https://www.jechange.fr/assurance/mutuelle-sante/news/pension-invalidite-62-ans-retraite-plus-basse-malgre-taux-plein
[2] L’Assurance retraite — « La retraite après une pension d’invalidité »
https://www.lassuranceretraite.fr/portail-info/hors-menu/annexe/salaries/le-handicap-et-linaptitude/apres-pension-invalidite.html
[3] L’Assurance retraite — « Handicap, invalidité ou inaptitude »
https://www.lassuranceretraite.fr/portail-info/portail-info/home/actif/vie-personnelle-retraite/handicap-invalidite.html
[4] Service-Public.fr (DILA) — « Pension d’invalidité de la Sécurité sociale », fiche F672, vérifiée le 1er avril 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F672
[5] Légifrance — Code de la sécurité sociale, articles L341-15 à L341-17, « Conversion de la pension d’invalidité en pension de vieillesse »
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006172608/
[6] L’Assurance retraite — Circulaire Cnav n° 2025-29 du 22 décembre 2025, « Revalorisation à compter du 1er janvier 2026 »
https://legislation.lassuranceretraite.fr/Pdf/circulaire_cnav_2025_29_22122025.pdf
[7] Service-Public.fr (DILA) — Minimum contributif : montants pour les retraites prenant effet en 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A15703
[8] L’Assurance retraite — Circulaire Cnav n° 2026-16 du 12 juin 2026 (plafond du minimum contributif au 1er juin 2026)
https://legislation.lassuranceretraite.fr/Pdf/circulaire_cnav_2026_16_12062026.pdf
[9] Service-Public.fr (DILA) — « Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ? »
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18825
[10] L’Assurance retraite — « Je me renseigne sur les aides » (ASI et Aspa)
https://www.lassuranceretraite.fr/portail-info/home/actif/montant-retraite/aides-montant-retraite.html

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